Arabie Saoudite/Russie, deux poids deux mesures ! Par Jean-Paul Pancracio

Source : Proche & Moyen-Orient, Jean-Paul Pancracio, 15-10-2018

On se souvient que l’ex-agent double russe Sergueï Skripal a fini par sortir de l’hôpital de Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre) où il était soigné après avoir été empoisonné par un agent innervant. Sa fille Ioulia, empoisonnée en même temps que lui, était déjà sortie le 11 avril dernier. Vladimir Poutine avait souhaité un prompt rétablissement à Sergueï Skripal, tandis que les Etats-Unis et l’UE décidaient d’expulser par dizaines des diplomates russes, en réaction à l’empoisonnement, l’OTAN suivant le mouvement. En effet, le 27 mars 2018, l’OTAN décidait de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de rejeter trois demandes d’accréditation supplémentaires. L’Alliance atlantique a également réduit la taille de la mission russe, ajoutait Jens Stoltenberg. Elle ne pourra plus accueillir que 20 personnes, contre 30 auparavant. « Cela adresse un message très clair à la Russie, à savoir qu’il y a des coûts », déclarait encore le secrétaire général de l’OTAN : « notre décision reflète les graves préoccupations exprimées par les alliés pour leur sécurité », ajoutait Jens stoltengerg, selon qui « c’est la première fois qu’un agent neurotoxique est utilisé sur le territoire d’un pays membre de l’alliance ». Hormis l’OTAN, 144 diplomates russes devraient être expulsés de 26 pays. Les Etats-Unis ont déclaré non grata 60 personnes ; le Royaume-Uni, 23 ; l’Ukraine, 13 ; la France, le Canada, l’Allemagne et la Pologne, 4 ; la République tchèque, la Moldavie et la Lituanie ont annoncé en expulser 3 ; l’Australie, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas et l’Albanie, 2 ; La Belgique, l’Estonie, la Lettonie, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Irlande, la Roumanie, la Croatie, la Macédoine et la Hongrie un chacun.
L’Arabie saoudite, qui vient d’estourbir l’un de ses opposants connus, n’a pas eu droit au même traitement. Les preuves de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans les locaux du consulat de la monarchie wahhabite à Istanbul, s’accumulent. Que s’est-il passé ? Selon les informations de prochetmoyen-orient.ch, recueillies auprès de différents services européens de renseignement, le journaliste a, bien effectué une démarche de routine auprès du consulat saoudien pour le renouvellement de pièces administratives. On lui a fixé une rendez-vous dix jours plus tard, le temps de déplacer une quinzaine de barbouzes de la GID (services saoudiens) arrivées à Istanbul par deux vols différents. De retour au guichet, Jamal Khashoggi s’est vu ceinturé, manu militari et drogué avant de mourir d’une overdose. Selon des sources allemandes, le corps aurait ensuite été découpé et réparti dans une cinquantaine de boîtes à chaussure, exfiltrées du consulat dans une camionnette pour l’aéroport, puis embarquées à bord d’un avion à destination de Riyad. Après avoir nettoyé les locaux de leur consulat, les autorités saoudiennes ont invité les pandores turcs pour l’apéritif… Ce qui est navrant dans cette affaire, c’est que ni la presse, ni les droits-de-l’hommistes – habituellement si prompts à réagir lorsqu’il est question de la Russie ou de la Syrie – n’ont moufté ! Encore aurait-il fallu rappeler le passé de Khashoggi – jihadiste à la très longue barbe – engagé dans les factions afghanes les plus radicales durant les années 1980… Mais ce n’est pas le point principal et il n’exonère pas Riyad. Toujours est-il que, dans un premier temps, Donald Trump s’est d’abord gratté les cheveux en disant qu’on ne savait pas vraiment ce qui s’était passé, finissant par prédire « un châtiment sévère… » La Maison blanche envisage-t-elle de destituer Mohammad Ben Salman ? De son côté, la presse parisienne observe la même indulgence envers la monarchie wahhabite qu’on ne saurait trop critiquer ouvertement afin de ne pas mécontenter l’Elysée qui a, aussi observé une discrétion gênée, même si Emmanuel a fini par faire état d « éléments extrêmement inquiétants » ? Au final, il ne se passera rien. Plus que jamais, la monarchie wahhabite reste une « dictature protégée ». Là encore, la règle du deux poids/deux mesures s’impose, aussi nous publions l’article du professeur émérite de droit public Jean-Paul Pancracio. Il fournit sur cette affaire un éclairage des plus pertinents.
La rédaction.

DU SANG AU CONSULAT !

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