Corée(s) ou la diplomatie du kimchi… Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 05-03-2018
« Soyez réalistes, demandez l’impossible » déclarait le révolutionnaire Ernesto Che Guevara. Tel est bien ce qui semble se passer aujourd’hui, et peut-être demain, entre deux pays en guerre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les deux Corée avec ce que l’on qualifie déjà de « détente »1. Le lancement des Jeux Olympiques d’hiver le 9 février 2018 en Corée du sud à Pyeongchang est éclipsé par l’offensive diplomatique de charme de la Corée du nord avec la présence de la sœur de Kim Jong-un sur le site olympique2. Hier encore, on nous parlait de guerre. Aujourd’hui, on pense paix. Quel changement sémantique intervenu sur un aussi court laps de temps ?
Débouchera-t-il sur un changement géopolitique et stratégique dans la région ? Les meilleurs experts de Washington semblent avoir été surpris par la tournure subitement prise par la crise, saisis qu’ils étaient par l’idéologie, cette maladie qui consiste à préférer les idées au réel. Chinois et Russes restent discrets. L’Union européenne et son pléthorique et inefficace service européen d’action extérieure sont aux abonnés absents. La France parle pour ne rien dire, une fois de plus. Que ne ferait-on pas pour exister ? Même si à ce stade, il est prématuré de tirer des conclusions définitives (« les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir » nous rappelle fort à propos l’humoriste Pierre Dac), nous pouvons essayer de rechercher quelques grandes lignes de force caractérisant l’évolution de la situation diplomatique. Comment est-on passé d’une situation de crise à une atmosphère apaisée, du moins sur le court terme ? Qui semblent être les gagnants et les perdants de cette redistribution des cartes dans la région et au-delà ? Quelques remarques s’imposent sur les réactions stupides du Quai d’Orsay dont le train est resté en gare.
LA DIVINE SURPRISE : DE LA GUERRE À LA PAIX ?
Depuis des mois, nous prenions l’habitude d’entendre des bruits de bottes sur les grandes places de Pyongyang et d’assister à des manœuvres américaines au large de la péninsule coréenne. Désormais, les militaires coréens laissent le champ libre aux diplomates des deux pays.Lire la suite

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