Pitié pour les Kurdes – Par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges
M. Fish / Truthdig
Je me tenais sur la colline de Kalowa, balayée par le vent, dans la ville de Sulaimaniya, au nord de l’Irak, alors que Pershan Hassan, une femme de 53 ans, montait rapidement le chemin de terre menant à l’endroit où on était en train de dégager une fosse commune. Elle serrait dans les mains la photo encadrée d’un garçon en noir et blanc. Elle s’est frayé un chemin à travers la foule qui baissait les yeux vers les restes de dizaines de corps mis au jour. Soudain, elle a laissé échapper un râle de douleur alors qu’elle reconnaissait les restes de son fils de 13 ans, Shafiq réduit à l’état de squelette. Un bandeau bleu délavé était enroulé serré autour de son crâne. Les douilles des balles utilisées étaient éparpillées autour de ses ossements d’un brun foncé.
« Je le reconnais à ses vêtements », chuchota-t-elle, sa voix se brisant alors qu’elle soulevait les vêtements et les embrassait. « Je l’ai élevé seule, sans son père. »
C’était en décembre 1991, après la première guerre en Irak. Saddam Hussein avait impitoyablement écrasé une révolte kurde à la suite de la défaite de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés ce printemps-là. En avril 1991, deux millions de réfugiés avaient fui vers la Turquie et l’Iran. Beaucoup sont morts de froid alors qu’ils tentaient de s’échapper, franchissant les cols de montagne enneigés. La communauté internationale, réagissant à ces images déchirantes, avait créé des refuges pour leur retour dans le nord de l’Irak, forçant Bagdad à retirer ses troupes.Lire la suite

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