Anne-Sophie Lapix, Arthur Sadoun, pour le meilleur… Et pour le pire !

Si Anne-Sophie Lapix est connue du grand public pour avoir animé ces dernières années des émissions sur tout ce que le PAF (1) compte comme chaines de TV (2), Arthur Sadoun, lui, est plus discret. Et quand Gala ou Voici s’intéresse à lui, de loin en loin, c’est pour une raison simple. Arthur et Anne-Sophie ont convolé en justes noces le 26 juin 2010 à la mairie du 16e arrondissement de Paris.
Mais alors qu’Anne-Sophie Lapix s’apprête, à la rentrée de septembre prochain, à prendre la succession de David Pujadas en tant que présentatrice du JT de 20h de France 2, il ne semble pas inintéressant de se pencher sur la vie et l’œuvre de son mari…

Arthur Sadoun

Arthur Sadoun est l’héritier d’une famille d’entrepreneurs. Son père, Roland Sadoun fut directeur général de l’Ifop (Institut français d’opinion publique) et son grand père, Ernest Cordier, fut jadis président de Thomson. Il est également le cousin, de Claude Sadoun qui fut président du Crédit immobilier de France jusqu’en 2012. Ce dernier avait alors dû quitter l’établissement bancaire dans la tourmente d’une gestion calamiteuse en empochant au passage une indemnité de départ plus que généreuse (comme le rappelait ici La Tribune). Mais revenons-en à Arthur !
Fondateur de sa propre agence de pub, il la revend en 1997 à une filiale d’Omnicom, le numéro 1 mondial de la communication et de la publicité. Repéré par le patron de TBWA, une autre filiale d’Omnicom, il entre dans la société en 1999 avant d’en devenir le directeur général en 2001 puis de prendre la présidence de TBWA Paris en 2003. Fin 2007, Arthur Sadoun quitte TBWA Paris pour prendre la direction de son concurrent, Publicis Conseil avant de prendre également la tête de Publicis Worldwide France.
En marge de sa carrière professionnelle, un article très intéressant de Capital nous en apprend plus sur le mari de la présentatrice vedette. On y lit pêle-mêle que : « enfant, il sautait sur les genoux de Michel Bon, le président de Carrefour, et d’Alain Minc, qu’il côtoie au polo et suit depuis longtemps » ou encore qu’il claque la bise à Yannick Bolloré quand les deux hommes se rencontrent. Yannick Bolloré ? Oui, oui, le fils de Vincent Bolloré, PDG du Groupe éponyme, propriétaire du Vivendi, et par là même de Canal+ et de ses filiales, dont l’une des plus connues probablement, CNews (anciennement itélé). Et que fait Yannick dans la famille Bolloré ? Il dirige Havas, une autre filiale du groupe familial. Le numéro 2 français de la Publicité ! Et la boucle est bouclée !
Arthur Sadoun prendra le 1er juin prochain la présidence de Publicis, succédant ainsi à Maurice Lévy.

Publicis

Publicis a été fondé en 1926 par Marcel Bleustein-Blanchet. Le nom de la société fut choisi par ce dernier en associant « Publi » (pour publicité) et « cis » en référence à 1926 et 1906, dates respectives de naissance du jeune Marcel et de sa société qu’il créa à 20 ans. La page Wikipédia de Publicis nous apprend que le nombre 6 deviendra ainsi le nombre porte-bonheur de Marcel Bleustein.
Marcel Bleustein-Blanchet restera aux commandes de la société près de 60 ans jusqu’à ce qu’il en laisse les manettes en 1987 à son digne successeur… Maurice Lévy, l’homme de confiance. En juin prochain, Arthur Sadoun sera ainsi le 3ème homme seulement à diriger un groupe presque centenaire. Et il ne succèdera pas à n’importe qui ! Maurice Lévy est un homme de l’ombre, mais un homme actif.  Membre du club Le Siècle et invité à la conférence Bilderberg de 2011, c’est surtout un soutien de la première heure de l’État d’Israël. On lui doit l’organisation en 2008 d’un concert géant au Trocadéro (à Paris) à l’occasion des 60 ans de l’État d’Israël.
Publicis compte aujourd’hui parmi ses clients des multinationales plus que prestigieuses (3). On y retrouve ainsi de très nombreuses banques ou assurances (Axa, boursorama, Crédit Agricole, BNP Paribas,…), des géants de l’agro-alimentaire (comme Coca-Cola ou Nestlé) ou encore de l’énergie (Engie) ou de la chimie (Sanofi, L’Oréal). Mais plus notable encore… des médias comme Netflix, et cerise sur le gâteau… France Télévisions (4).
La principale héritière du Groupe Publicis est aujourd’hui Elisabeth Badinter (née Bleustein-Blanchet), épouse de Robert Badinter, l’ancien Garde des Sceaux (ministre de la Justice) de François Mitterand.

Ce que tout cela dit de l’indépendance des médias

Et voilà donc comment, par le truchement de deux nominations, monsieur va se retrouver à la tête du leader français de la communication et de la publicité, alors que madame présentera le JT de 20h de la première télévision d’État française. Alors me direz-vous… Et alors ? Oui, bien sûr… Et alors ! Puisque évidemment, respectant strictement la déontologie de sa profession, Anne-Sophie Lapix se montrera parfaitement indépendante et ne subira aucune pression de la part de son mari sur la ligne éditoriale de son journal.
Rappelons-nous tout de même ce que disait Nicolas de Tavernost, président du Directoire de M6, et ancien patron d’Anne-Sophie Lapix,  le 31 mai 2015 à l’antenne de Canal+, dans l’émission Le Supplément de Maïtena Biraben :

Mais bien sûr il y a toujours des pressions, moi je dis par exemple nous avons la pression de nos clients. On n’a plus de pression politique, ça je crois que c’est terminé. […] J’ai pas le sentiment qu’en 27 ans il y ait eu une pression politique sur l’antenne. […] Ce n’est pas une pression politique, c’est une pression économique. Moi je ne peux pas supporter que l’on dise du mal de nos clients. [… ]Nous vivons de nos clients. […] Il y a des choses qui sont beaucoup plus difficiles à traiter que d’autres, je le dis avec beaucoup de clarté et je pense qu’on a une très grande liberté pour traiter de beaucoup d’autres choses.

A écouter ici :

Piétinant sans sourciller les articles 9 et 10 de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (à lire ici) :

Article 9. : ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste. N’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.
Article 10. : refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.

Et l’on regrette cette époque pas si lointaine où des journalistes démissionnaient encore de leur poste lorsque leur mari (ou épouse) prenait des responsabilités publiques. On sait aujourd’hui les grandes multinationales bien au dessus des politiques qu’elles soumettent par leur puissance médiatique et financière, mais paradoxalement ces connivences ne semblent plus choquer personne…
Pour le meilleur et pour le pire… Pour le meilleur, et pour l’empire (médiatique) !
Nico Las (TDH)

(1) : Paysage Audiovisuel Français
(2) : Anne-Sophie Lapix a successivement travaillé pour Bloomberg TV, LCI, M6, TF1, Canal+, puis dernièrement France Télévisions.
(3)(4) : informations à retrouver ici et .
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