Apologies médiatiques : Bienvenue chez Moix, par Acrimed

Source : ACRIMED, Thibault Roques, 16-09-2019

L’« affaire Moix » offre une nouvelle occasion de mesurer la rectitude et l’indépendance qui règnent dans le landerneau médiatico-culturel. Dans le grand monde des petites vertus littéraires, comment quelqu’un dont les abjections sont à ce point avérées et durables peut-il continuer de se répandre si fréquemment dans les médias, plus encore, même, qu’avant la divulgation de ses écrits et dessins racistes et antisémites ?

C’est que le sulfureux Rastignac ne manque pas de soutiens dans les lettres françaises. Rappelons d’abord que Grasset, éditeur de notre écrivain meurtri, est composé d’un triumvirat Olivier Nora – Jean-Paul Enthoven – Bernard-Henri Lévy, lequel n’a pas tardé à réagir aux récentes révélations. Le premier, dans une audacieuse tentative d’euphémisation, n’a pas voulu s’épancher au sujet de caricatures parues jadis dans un « fanzine lycéen lu par quinze personnes ». Le second en revanche, mi-exalté, mi-nostalgique, n’a pu se contenir : « Je l’ai beaucoup aimé, il est fou mais c’est l’écrivain le plus talentueux que j’aie publié. »
Quant au troisième, il s’est fendu d’un de ses poignants bloc-notes. Yann Moix y a promptement répondu au micro de l’émission « Signes des temps », diffusée sur France Culture, et animée par un autre ami, Marc Weitzmann, à qui il a fait un aveu : « On se dit tout Marc, on se connaît bien ; en tout cas, Marc, de moi à vous, je vous estime. Véritablement, vous le savez. » Et de poursuivre, cette fois-ci au sujet de BHL, autre compagnon de route : « Je suis bouleversé par la réaction de Bernard-Henri Lévy… Je suis allé voir Bernard pour lui proposer des manuscrits. Je dis Bernard car Bernard est un ami. »
C’est que préalablement, dans une émouvante confession – certes un peu gênante – Yann Moix venait en effet de reconnaître que : « 1989 (…) était pour moi mon année noire, mais il est vrai aussi que quand j’étais adolescent, j’avais lu l’intégralité de l’œuvre de Bernard-Henri Lévy que je connaissais quasiment par cœur ; je recopiais des passages de La Barbarie à visage humain que je mettais dans des copies de bac ou de philo. J’avais été extrêmement intéressé par L’Idéologie française et quand il est sorti – j’avais 13 ans – je le lisais à 14-15 ans. Je me suis même mis à lui ressembler à un moment donné de ma vie, je voulais mettre les mêmes chemises. » Quand BHL évoquait les « errements passés » de son protégé, il ne croyait pas si bien dire…Lire la suite

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