Quand la Pub fait l’éloge de la précarité – Par Edouard Vuiart

Edouard Vuiart (@EVuiart), diplômé de Sciences Po et de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), est analyste, essayiste et membre de l’équipe Les-Crises.

Parmi ses nombreux effets pervers, l’hégémonie du néolibéralisme est parvenue à répandre un discours plutôt étrange dans l’air du temps : l’éloge de précarité. Dérive d’un système dont la dernière émanation constitue le profond déclassement des jeunes diplômés, la précarité est peu à peu passée du statut d’injustice sociale à celui de norme qu’il convient d’accepter ; cette fameuse « vraie vie » (« La vraie vie c’est ça », nous dit-on) que la jeunesse devrait saisir à pleine main et avec le sourire, au lieu de se plaindre de la destruction d’acquis sociaux qui – on finira bien par nous le dire – relèvent d’un « âge d’or désormais révolu ».
L’emploi ? Précaire. L’entreprise ? Précaire. La santé ? Précaire. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la rhétorique néolibérale nous réclame non seulement d’accepter cette précarité (comme le fait de devoir cumuler trois petits boulots pour pouvoir vivre décemment), mais aussi de l’aimer, car elle nous éloignerait de « la routine », nous donnerait « la maîtrise de nos parcours », et nous rendrait « profondément libres ». Et c’est votre banque qui vous le dit !
En effet, depuis plusieurs mois, la banque en ligne Hello Bank diffuse une nouvelle campagne publicitaire à travers deux spots intitulés « Et toi, t’arrives à suivre ? » [Source]. Pour le site Packshotmag, spécialisé dans « l’actu des films publicitaires en France », cette nouvelle campagne d’Hello Bank donne une « nouvelle perspective à la mobilité (…) en écho aux comportements et à l’état d’esprit de ses consommateurs, en particulier les millenials, de plus en plus nombreux à multiplier les métiers-passions en quête d’épanouissement loin de la routine » [Source]. Ces spots mettent en scène deux jeunes, l’un « hyperactif » et l’autre « passionnée », au quotidien « varié et intense », et dont la banque « fait tout pour les suivre » #MobileCommeVous.
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