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Le Hezbollah en guerre (4) : Où se « cache » Hassan Nasrallah ? (21 juillet 2006)

Traduit pour la première fois à l'occasion du 12ème anniversaire de l'événement. Tous les discours du Secrétaire Général du Hezbollah durant la guerre de 2006, inédits en français, seront intégralement publiés à leur date anniversaire cet été.

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

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« Où est passé Cheikh Nasrallah, le leader du Hezbollah, qu'Israël s'est juré d'abattre ? Dans un bunker du Hermel, une région au nord du Liban, frontalière de la Syrie, selon des sources militaires israéliennes. [...] Dès les premières frappes israéliennes, les responsables du mouvement chiite se sont 'enterrés'. » Le Cheikh Nasrallah caché dans un bunker, Le Figaro, 20 juillet 2006. »

« Notre structure de commandement et nos capacités restent en parfait état et n'ont subi aucun dégât, et nous avons la capacité de continuer la guerre à ce rythme durant très longtemps. De même en ce qui concerne la situation sur le terrain, les combattants ne sont pas encore entrés en action. Les affrontements terrestres qui ont eu lieu durant ces deux derniers jours ne sont que le début de la confrontation. Et par conséquent, ces combattants présents à la frontière n'ont fourni aucun effort sérieux jusqu'à présent, nous n'en sommes qu'au début. » Hassan Nasrallah, 6e étage d'un bâtiment de la banlieue sud de Beyrouth, 20 juillet 2006.

Au plus fort des frappes aériennes israéliennes, Hassan Nasrallah, qui s'était exprimé trois fois durant les six premiers jours de la guerre, n'a plus donné de signe de vie durant près d'une semaine. Les médias et la propagande de guerre israéliens, qui affirmaient depuis le début qu'il avait fui le Liban pour la Syrie ou l'Iran, annonçaient maintenant sa mort comme une quasi-certitude, du fait de ce silence inaccoutumé et de l'ampleur des bombardements contre les bastions du Hezbollah, notamment le sud-Liban et surtout la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh). La destruction y fut telle qu'elle donna son nom à une doctrine militaire, formulée par le chef d'Etat-major de Tsahal Gadi Eisenkot en 2008, consistant en l'annihilation de zones urbaines densément peuplées en guise de représailles contre le « Parti de Dieu ».

Frapper massivement l'infrastructure et les populations civiles depuis les airs était tout ce dont l'armée israélienne se révélait capable, l'infanterie de Tsahal ayant subi des pertes sérieuses durant ses infructueuses tentatives d'incursion terrestre –des dizaines de tués et de blessés, et la destruction de plusieurs chars Merkava de 4e génération, le modèle le plus moderne. Les services de renseignements de l'entité sioniste, malgré leur réputation d'excellence, n'étaient parvenus à pénétrer aucun des secrets de la Résistance, si bien que même les frappes aériennes se sont révélées inefficaces sur le plan militaire. Malgré les rodomontades initiales d'Ehoud Olmert, annonçant devant les caméras que l'essentiel de la capacité balistique du Hezbollah avait été détruit, les tirs de missiles/roquettes contre les colonies et les villes israéliennes sont allés croissants jusqu'au dernier jour de la guerre, frappant l'entité sioniste toujours plus en profondeur. Le nord d'Israël était complètement paralysé, le pays avait perdu des milliards de dollars et continuait à subir des pertes directes de 100 millions de dollars par jour (sans compter les pertes indirectes et les répercussions sur le reste de l'économie), un million d'Israéliens étaient déplacés et un autre million étaient terrés dans les refuges : du jamais vu dans l'histoire des guerres israélo-arabes. Chaque jour, les objectifs officiels de l'agression israélienne se faisaient plus modestes : l'annihilation du Hezbollah, objectif insensé, devint son éloignement de la frontière, puis son simple affaiblissement. Mais la Résistance libanaise devait sortir de cette guerre plus forte que jamais.

Cette interview, qui fut tournée le 20 juillet et diffusée le lendemain par la chaine qatarie Al-Jazeera, alors le média le plus important du monde arabe –son lustre n'était pas encore terni–, ébranla l'entité sioniste à plus d'un titre. Le Secrétaire Général du Hezbollah y apparut rayonnant et avec un calme olympien, durant une interview d'une heure trente malgré les menaces pesant sur sa sécurité –le journaliste Ghassan Ben Jeddou lui-même révèlera qu'il en fut stupéfait, le service de sécurité ayant originellement annoncé une demi-heure comme un grand maximum, mais Hassan Nasrallah l'invita à prendre tout son temps–, et il aborda longuement non seulement la situation militaire, mais également la situation politique libanaise et régionale. Et surtout, les informations qu'il révéla sur l'ampleur de l'échec israélien furent dévastatrices : aucun cadre du Hezbollah, toutes branches confondues, n'avait été tué –alors qu'Israël prétendait encore en avoir tué une multitude la veille, après avoir déversé 22 tonnes d'explosifs sur des bâtiments de la banlieue sud de Beyrouth–, aucun stock d'armes touché, et à sa connaissance, pas une seule rampe de lancement n'avait été détruite. L'aviation ennemie, qui n'avait déjà plus aucune cible militaire à frapper, n'avait donc fait mouche à aucun coup, ce qui serait incroyable si ce n'était affirmé par Hassan Nasrallah lui-même, qui, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître pour le public occidental, n'affirme jamais rien qui ne soit rigoureusement exact, ne promet jamais rien qui n'advienne infailliblement et ne ment jamais –tout au contraire d'Israël, une entité bâtie sur l'usurpation et le mensonge, et dont les citoyens font plus confiance aux discours de l'ennemi juré qu'aux déclarations de leurs propres dirigeants.

Cela a été rendu possible par un véritable programme d'intoxication de l'ennemi, entrepris par le Hezbollah dès 2000. Comme le rapporte Alastair Crooke dans le premier volet de sa série d'articles Comment le Hezbollah a vaincu Israël,

« Les défenses robustes et fortifiées du Hezbollah étaient le résultat de six années de travail assidu, commencé dès le retrait israélien de la région en 2000. La plupart des bunkers de commande conçus et construits par les ingénieurs du Hezbollah étaient fortifiés et quelques-uns étaient même climatisés.

L'enfouissement des arsenaux au cours des années précédentes s'était accompagné d'un programme de duperie, avec la construction de bunkers dans des zones aisément visibles et souvent sous la surveillance des drones israéliens ou sous les yeux de citoyens libanais ayant des liens étroits avec les Israéliens. À quelques exceptions près, ces bunkers étaient des leurres. La construction des autres bunkers s'est tenue dans des zones cachées à la population libanaise. Les bunkers de commandement et les bunkers d'arsenal les plus importants ont été creusés profondément dans les collines rocheuses du Liban, à une profondeur de 40 mètres. Près de 600 bunkers de munitions et d'armes ont été placés stratégiquement dans la région située au sud du Litani.

Pour des raisons de sécurité, aucun commandant ne connaissait l'emplacement de tous les bunkers, et chaque unité distincte du Hezbollah avait accès à seulement trois bunkers : un bunker de munitions primaire et deux bunkers de réserve, au cas où le bunker primaire serait détruit. Des points de rassemblement primaires et de secours distincts furent également désignés pour chaque unité de combat, chargées de s'armer et de combattre dans des zones de combat spécifiques. Les protocoles de sécurité pour le rassemblement des troupes ont été maintenus avec diligence. Aucun membre du Hezbollah n'avait connaissance de l'ensemble de la structure de bunkers de la milice. »

Les combattants du Hezbollah, retranchés dans leurs bunkers, attendaient donc avec impatience une opération terrestre qui leur permettrait d'infliger des pertes considérables aux forces ennemies. Toute la puissance de feu de la plus redoutable armée de la région, loin de rééditer un blitzkrieg foudroyant et victorieux comme en 1967, n'était pas parvenue à infliger le moindre dégât aux guérilleros –ou plutôt moudjahidines– du Hezbollah, pour qui les choses sérieuses n'avaient même pas commencé, et dont la position restait inflexible. Hassan Nasrallah envisageait sereinement une victoire plus éclatante encore que celle du 25 mai 2000, tant pour le Liban que pour la Palestine (Gaza subissait alors de plein fouet l'opération Pluies d'été), qu'il ne perdait jamais de vue. Et il se permettait même de faire un pied de nez aux Israéliens en raillant leurs dissertations sur la longueur de sa barbe, ainsi qu'aux pays occidentaux et aux monarchies du Golfe –qui assistaient l'effort de guerre israélien de toutes leurs ressources– en expliquant comment il allait infailliblement les contraindre à participer à la reconstruction du Liban.

L'aspect le plus remarquable de cette interview ne fut révélé que six années plus tard par Hassan Nasrallah, lors d'une nouvelle interview avec Ghassan Ben Jeddou le 3 septembre 2012. Celui-ci ne l'avait jamais révélé à quiconque, respectant le secret auquel il avait été astreint. Il avait du reste pleinement justifié la confiance dont il fit l'objet, ayant quitté Al-Jazeera après sa dérive interventionniste durant les « Printemps arabes », et fondé la chaine Al-Mayadeen, qui est, avec Al-Manar et Al-Alam, l'un des trois grands médias de l'Axe de la Résistance.

Au début de l'interview de juillet 2006, Ghassan Ben Jeddou avait maintenu l'ambiguïté sur le lieu où ils se trouvaient, l'identifiant simplement comme un certain endroit du monde, afin de ne pas renseigner un ennemi israélien aux abois. Israël faisait en effet de l'assassinat de Hassan Nasrallah une priorité absolue tant il recherchait désespérément le moindre succès militaire à présenter à son opinion publique. Et comme on l'apprendra plus tard, en plus des services de renseignement occidentaux et du Golfe, Hassan Nasrallah était également traqué par une unité spéciale libanaise mandatée par le gouvernement félon de Fouad Siniora, qui complotait à la défaite du Hezbollah. En 2012, Hassan Nasrallah révéla pour la première fois que l'interview du 20 juillet 2006 avait eu lieu non pas en Iran, en Syrie ou dans quelque endroit reculé du Liban, mais au cœur de la banlieue sud de Beyrouth, quotidiennement bombardée, et qui venait encore de subir la veille un raid massif de 40 avions ennemis. Et elle ne s'était pas même tenue dans un bunker ou énième sous-sol fortifié, mais au 6e étage d'un immeuble, dans un quartier qui avait été bombardé plusieurs fois par l'aviation israélienne, et d'où on pouvait entendre les avions ennemis. Ghassan Ben Jeddou, basé à Beyrouth, identifia immédiatement l'endroit, tant les mesures de sécurité lors du trajet qui le conduisit auprès de Hassan Nasrallah furent minimales.

Il est difficile d'expliquer, ou même de qualifier un tel fait. Est-ce du courage, de l'héroïsme, un esprit de sacrifice ? Est-ce plutôt de la négligence et de l'inconscience ? Ou est-ce le fait d'une organisation particulièrement méthodique, disciplinée et impénétrable, qui ne laisse rien au hasard, et qui par conséquent est particulièrement sûre d'elle-même ? Ce n'est clairement pas un acte de guerre psychologique, celui-ci n'ayant été révélé que des années plus tard, probablement pour épargner davantage de destruction aux bastions du Hezbollah et laisser croire à l'ennemi que Hassan Nasrallah s'était effectivement réfugié à l'étranger. Quoi qu'il en soit, si on veut comprendre un tel fait, il faut garder à l'esprit le fait que le Hezbollah est le « Parti de Dieu », qui, bien qu'il prenne toutes les mesures matérielles nécessaires avec la rigueur la plus infaillible, n'en croit pas moins avec la plus absolue conviction que tout secours, toute force et toute victoire ne viennent que de Dieu, et que les facteurs non-matériels priment toujours. Aide-toi, le Ciel t'aidera, certes : ce précepte est indépassable. Mais l'aide du Ciel reste toujours le facteur décisif, et si on demandait à Hassan Nasrallah quels sont les éléments qui, selon lui, avaient le plus contribué à assurer sa sécurité durant cette guerre, il répondrait sans aucun doute que bien avant un protocole sécuritaire digne du Président d'une superpuissance, ce sont, tant chez lui que chez ses frères et partisans, les prières ponctuelles, les jours de jeûne (il jeûnait le jour de l'interview, comme tous les jeudis –et lundis), la lecture assidue du Coran, la récitation des Invocations & Visites de la Famille du Prophète, le recours à l'Istikhara (qui a très certainement déterminé l'endroit de l'interview), l'éthique, le bon comportement, les bonnes actions, les actes d'aumône et de piété, l'attachement à la justice, etc., tant d'actes hautement agréés par Dieu et récompensés par Son invincible secours. Et s'il ne devait citer qu'une chose en particulier, ce serait ce fait qu'il a évoqué le 2 avril 2016 lors d'un entretien consacré à la mémoire du Cheikh Bahjat (1916-2009), gnostique iranien qui fut l'un de ses principaux référents spirituels :

« Quelques mois avant la guerre de 33 jours, l'un de nos frères, un étudiant en théologie à Qom (Iran), m'a fait savoir que Son Eminence le Cheikh Bahjat –que Dieu le préserve, disait-on alors ; maintenant, on dit que Dieu le Sanctifie– m'enjoignait dorénavant à réciter assidument cette invocation : ‘O mon Dieu, place-moi dans Ta forteresse imprenable dans laquelle Tu places qui Tu veux'. (Je devais la réciter chaque jour sans faute), trois fois le matin et trois fois le soir. Je lui ai demandé s'il y avait une raison particulière à cela, et il m'a répondu qu'il n'en savait rien et qu'il avait seulement reçu pour consigne de me transmettre ce rappel (enseigné par le Prophète).

Bien sûr, le contenu de l'invocation indique un aspect sécuritaire, l'attention, la protection, la vigilance. Et il est connu que nos conditions au Liban sont très difficiles du fait des menaces sécuritaires et de la possibilité omniprésente d'assassinat, comme cela est arrivé à nos frères par le passé, et comme c'est arrivé à notre propre Secrétaire Général (précédent), Sayed Abbas Mousawi, qui a trouvé le martyre (assassiné par Israël) avec sa femme et son fils (âgé de 5 ans en 1992). Il est naturel qu'on se sente en danger (en permanence). Je me suis donc dit qu'il allait se passer quelque chose, et mon esprit est allé vers le côté sécuritaire et la possibilité d'un assassinat, d'un attentat ou autre (contre ma personne). Mais quelques mois plus tard, la guerre a eu lieu. Et durant la guerre, les Israéliens, dès le premier jour, cherchaient par tous les moyens à me localiser et frappaient (massivement) tout endroit où ma présence était supposée. [...] Et j'ai ensuite compris que cette invocation visait à me préserver et à me protéger durant la guerre, et non pas avant celle-ci. »

Il est à prévoir que certains auront du mal à réprimer un sourire face à ce qu'ils considèreront comme de la simple superstition, comparable, par exemple, aux rituels protecteurs du grand chef cheyenne Roman Nose (Woo-ki-ne) avant chaque combat, et à son inséparable coiffe sacrée, censés le rendre invulnérable –il n'en trouva pas moins la mort durant la bataille de Beecher Island. Mais ce n'en est pas moins au fondement de l'identité, de la croyance, et même de la doctrine militaire du Hezbollah, qui est certainement la plus formidable force militaire non conventionnelle de l'Histoire.

Sayed Hasan

Transcription :

Ghassan Ben Jeddou : Chers auditeurs, que la paix de Dieu soit sur vous. Il me suffit de dire que je suis en présence du Secrétaire Général du Hezbollah, l'Eminent Sayed (descendant du Prophète) Hassan Nasrallah, en ce moment même. Nous sommes à un certain moment, dans un certain endroit du monde, et pas simplement du Liban, comme je le disais auparavant (dans mes émissions). C'est pourquoi je ne ferai aucune introduction, et je me tourne directement vers Sayed Hassan Nasrallah pour lui poser des questions.

Eminent Sayed, tout d'abord, je vous remercie d'avoir accepté cette rencontre à ce moment précis (particulièrement sensible). Aujourd'hui, cela fait bientôt dix jours que la guerre a commencé. Que pouvez-vous nous dire sur les plans militaire et politique ?

Hassan Nasrallah : Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Faire une synthèse de la situation militaire et politique d'un seul coup serait difficile...

Ghassan Ben Jeddou : Sans détails, juste une vue d'ensemble.

Hassan Nasrallah : Laisse-moi commencer par le terrain, la situation militaire. La situation générale que nous pouvons clairement évoquer sur le plan militaire est premièrement celle de l'endurance, une endurance majeure et importante (des Résistants face à l'agression israélienne), et deuxièmement d'une absorption complète des frappes israéliennes.

Durant les derniers jours, nous estimons que les Israéliens ont fait absolument tout ce qu'ils pouvaient faire (contre nous en fait de frappes) depuis les airs et la mer. Bien sûr, nous parlerons de la possibilité d'une invasion terrestre dans quelques instants. Mais il ne leur reste plus le moindre objectif, qu'il soit ancien, nouveau, hypothétique, supposé, basé sur des données ou sur des analyses... Tout ce qu'ils pouvaient frapper, ils l'ont frappé.

Parmi les points qu'ils ont frappés, on reviendra sur la distinction entre les cibles militaires et civiles, mais je ne veux parler que de l'aspect militaire pour le moment.

À ce moment, je peux confirmer sans aucune exagération, et ce n'est pas de la guerre psychologique, ce sont des faits, que la structure de commandement du Hezbollah n'a subi aucun mal. Hier soir, ils ont mené une frappe extrêmement puissante sur un bâtiment de la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), parlant eux-mêmes de 22 tonnes d'explosifs, et la frappe a été accomplie par un grand nombre d'avions. Et ils se sont vantés d'avoir accompli un succès, d'avoir tué des commandants du Hezbollah et un grand nombre de membres de la Résistance. Mais ce n'était pas vrai. Quoi qu'il en soit, votre correspondant sur place a rapporté qu'il n'avait vu ni ambulances ni secours, car le bâtiment était vide et en travaux.

L'ensemble de la structure de commandement du Hezbollah, dans sa totalité, que ce soit aux niveaux politique, djihadiste (militaire), opérationnel, social, etc. (est intacte). Jusqu'à présent, les sionistes ne sont parvenus à tuer aucun des cadres ou dirigeants du Hezbollah, à aucun niveau.

Ghassan Ben Jeddou : Vous parlez des dirigeants politiques ou militaires ?

Hassan Nasrallah : Tous. En toute certitude, je tiens à te le dire et à le dire aux téléspectateurs : chaque fois que nous avons un martyr, nous informons sa famille, nous l'adoptons (officiellement comme un martyr du Hezbollah) et nous l'annonçons ensuite publiquement. Nous ne cachons pas nos martyrs jusqu'à la fin des combats, nous ne l'avons jamais fait dans toute notre Histoire. Au contraire, nous nous sommes toujours enorgueillis et glorifiés de nos martyrs.

Jusqu'à cet instant, par la Grâce de Dieu, tout ce qui peut toucher la base de commandement ou de direction opérationnelle du Hezbollah, qu'il s'agisse du commandement militaire ou de l'administration (politique, médiatique, sociale…), ayant une relation directe avec la bataille ou un rôle connexe, dans d'autres aspects, toute cette structure est intacte, et tout particulièrement la structure de commandement militaire présente sur le terrain. Voilà pour le premier point.

Une deuxième chose que je veux souligner est que toutes les affirmations israéliennes selon lesquelles ils auraient détruit 50% de notre capacité balistique (missiles/roquettes) et de nos stocks, ce sont des propos absolument faux et dénués de fondement. Jusqu'à présent, ils ne sont pas parvenus à frapper quoi que ce soit à ce niveau. Je le confirme catégoriquement. Et la preuve en est la poursuite des tirs de missiles/roquettes par la Résistance, et pas seulement les roquettes Katioucha ordinaires qui ne peuvent atteindre que les colonies le plus au Nord : la Résistance continue à frapper Haifa, Tabariya, Safed et également la profondeur.

Et nous gardons même le contrôle sur le nombre de missiles/roquettes qui sont lancés. Aujourd'hui, la Résistance est capable de lancer des centaines de missiles en un seul jour, et il n'y a aucun obstacle à cela sur le terrain, malgré tous les mouvements israéliens intenses de l'aviation israélienne dans nos cieux. Mais nous limitons le nombre de missiles/roquettes (lancés quotidiennement) car nous menons notre bataille (à notre guise), et je reviendrai dans un instant sur la manière dont nous menons notre bataille.

Notre structure de commandement et nos capacités restent donc en parfait état et n'ont subi aucun mal, et nous avons la capacité de continuer (la guerre à ce rythme) durant très longtemps.

De même en ce qui concerne la situation sur le terrain, les combattants ne sont pas encore entrés en action. Les affrontements terrestres qui ont eu lieu durant ces deux derniers jours ne sont que le début de la confrontation. Et par conséquent, ces combattants présents à la frontière n'ont fourni aucun effort (sérieux) jusqu'à présent et durant ces derniers jours, nous n'en sommes qu'au début. Ainsi, que ce soit sur le front terrestre, au niveau des missiles/roquettes en notre possession, de nos capacités, de nos cadres et de notre commandement, de notre organisation de manière générale, qu'il s'agisse du secteur militaire ou des autres secteurs –politique, social, médiatique–, notre structure reste, Dieu merci, intacte et forte.

Et le jour de notre frappe contre le navire de guerre israélien au large des côtes de Beyrouth, le commandement israélien à pris la décision d'éloigner tous leurs navires de guerre à plusieurs dizaines de kilomètres (des côtes de Beyrouth). Et ce qui se dit parfois dans les médias est faux, quant au fait que les navires de guerre israéliens frappent Dahiyeh (la banlieue sud de Beyrouth) ou telle autre région, c'est inexact. A présent, dans la plupart des lieux, les navires israéliens ne bombardent plus car ils sont trop loin des côtes. C'est l'aviation israélienne qui réalise les frappes. A ce niveau, ils ont clairement la supériorité.

Voilà pour une vue d'ensemble de la situation sur le terrain.

Bien sûr, des confrontations ont eu lieu, avec la destruction jusqu'à présent de plusieurs tanks Merkava, surtout qu'il s'agit la plupart du temps des Merkava de 4e génération, le plus moderne des tanks israéliens. Les Israéliens reconnaissent l'acharnement, la force et le courage des combattants sur les premières lignes. Et bien sûr, nous plaçons nos espoirs sur ces combattants.

Je considère que si on regarde les choses de manière globale, la situation militaire, je peux confirmer que jusqu'à présent, le Hezbollah :

1/ a résisté avec succès,

2/ est parvenu à absorber le choc,

3/ a réussi à prendre l'initiative,

4/ a réalisé certaines des surprises qu'il avait promises.

Et il reste encore un certain nombre de surprises que nous gardons pour la prochaine étape.

Sur le terrain, le Hezbollah continue à mener la bataille avec calme, pondération, et sérénité, sans réaction excessive ou incontrôlée, comme vous pouvez le voir, sans menaces en l'air, sans propos inconsidérés. Nous suivons l'évolution de la situation avec précision et calme, et nous prenons très soigneusement en compte dans nos calculs toutes les données de temps (que peut durer cette guerre), des lieux (auxquels peuvent s'étendre les confrontations), du nombre (de missiles/roquettes ou combattants déployés), des capacités, du combat, des points, des fronts et de tous les détails au niveau militaire. Voilà pour la situation générale.

Ghassan Ben Jeddou : Excusez-moi, Eminent Sayed, qu'est-ce qui nous garantit que ce que vous décrivez comme du calme n'est pas un faux-semblant ? Et qu'est-ce qui nous garantit ou confirme que vous menez la bataille avec calme et non avec impulsivité, et que vous ne cachez pas des pertes militaires considérables dont parle Israël ?

Hassan Nasrallah : Premièrement, tu connais le Liban. Aujourd'hui, les Israéliens imposent un black-out total sur les médias au nord de la Palestine occupée et dans toute la Palestine occupée. Personne ne peut diffuser d'informations ou d'images sur ce qui s'y passe. C'est la censure militaire qui permet que telle information soit diffusée ou les diffuse elle-même.

Même vous, la chaine Al-Jazeera (présente en Israël), avez subi ce que vous avez subi en fait d'arrestations, d'interrogatoires, de restrictions, etc. Pourquoi Israël ferait-il tous ces efforts pour cacher la vérité de son côté (si elle était à son avantage) ? Pourquoi ? Est-ce seulement parce qu'il accuse les médias de nous fournir des coordonnées (sensibles) ? C'est un prétexte puéril. Les coordonnées de telles colonies ou telles bases militaires israéliennes, que ce soit dans le nord, au centre ou n'importe quel point de la Palestine occupée sont déjà en notre possession, sans que nous ayons besoin qu'on nous fournisse des données, des informations, des images ou que sais-je encore. En réalité, ils veulent cacher le véritable impact de la guerre de leur côté, car si leur situation était connue, cela aurait infailliblement des conséquences (néfastes) auprès de l'opinion israélienne, des médias israéliens et du moral des Israéliens. Et c'est ce que craignent (plus que tout) le gouvernement Olmert et l'armée israélienne.

Face à cela, aujourd'hui, les médias libanais publient tout : les (destructions entrainées par les) frappes, les martyrs, les (victimes) civiles, les combattants martyrs, tous les villages et toutes les routes sont accessibles, même la banlieue sud de Beyrouth, où les médias sont venus. Les (images de) l'endroit qui a été frappé hier ont été diffusées dès ce matin. Les medias y sont allés et ont tout filmé / photographié. Par conséquent, tout est clair et transparent de notre côté. Et tu connais le Liban bien mieux que d'autres, tu sais qu'il n'y a pas de secrets au Liban. Si nous avons des martyrs, tout au plus pourrions-nous les cacher durant une heure ou deux (si nous le souhaitions), mais leur famille, leur village le sauraient (rapidement et le diffuseraient), car ces combattants ne viennent pas de l'étranger, ils sont les enfants de ce pays. Si un commandant du Hezbollah trouvait le martyre, cela serait révélé en quelques heures. Par conséquent, nous ne cachons pas nos martyrs, nous nous en enorgueillissons, et deuxièmement, je t'assure qu'en ce qui concerne la structure opérationnelle du Hezbollah, je te confirme que les choses suivent leur cours (normal).

Après, il y a quelque temps, les Israéliens ont présenté aux médias une photo de camions en prétendant qu'ils transportaient des armes et munitions du Hezbollah. Très bien. Ils filment toutes les cibles qu'ils frappent. Qu'ils nous présentent donc les images des rampes de lancement, des missiles et des bases militaires qu'ils auraient frappés. Jusqu'à présent, ils frappent des cibles erronées (non militaires), ce qui révèle d'une part un échec technique et logistique, et d'autre part un échec de leurs renseignements. Les foreuses d'eau qu'ils ont frappées à Achrafiyeh, ces vieilles foreuses, cela indique clairement qu'ils n'ont pas d'informations au sol. Et je ne suis pas d'accord avec l'analyse selon laquelle ils auraient frappé Achrafiyeh pour dresser les chrétiens ou les habitants d'Achrafiyeh contre la Résistance. Il faut être prudent avec ces analyses. La vérité est qu'ils ont photographié ces deux foreuses, qui ressemblaient probablement à une rampe de lancement de missiles sur les images, et ils les ont donc frappées. C'est un échec. S'ils comptent sur leurs drones de reconnaissance, c'est une faille technique. Et s'ils comptent sur des collaborateurs au sol, c'est un échec de leurs renseignements. Donc s'ils ont des photos (des sites du Hezbollah frappés), qu'ils les présentent au monde.

Bien sûr, je ne prétends pas ni n'affirme qu'ils n'ont frappé absolument aucune rampe de lancement de missiles/roquettes. Je ne peux pas le dire (catégoriquement). Il se peut qu'une ou deux aient été touchées ici ou là par exemple. Mais qu'après 9 jours, la plus puissante aviation du Moyen-Orient, comptant parmi les plus puissantes au monde, qui a la maitrise totale des airs, car nous n'avons pas la capacité de combattre dans les airs, ses drones de reconnaissance maitrisant et sillonnant tout le ciel libanais, son aviation omniprésente et très puissante, intervenant avec force avec tous types d'appareils, et que malgré cela, jusqu'à présent, Israël soit incapable de mettre fin aux tirs de missiles/roquettes ou de diminuer notre capacité balistique, c'est clairement (un fiasco).

Ghassan Ben Jeddou : Peut-on dire que la bataille terrestre vient de commencer ou non ?

Hassan Nasrallah : On ne peut pas le dire avec exactitude. Jusqu'à présent, ce qui se passe, c'est qu'il y a des tentatives d'incursion sur des points précis à la frontière. À cet égard... Bien sûr, Israël s'efforce d'obtenir le moindre succès. Mais je t'affirme que le seul accomplissement qu'il a réalisé jusqu'à présent est celui que n'importe quelle force aérienne du monde peut faire, sans même approcher de la puissance de l'armée de l'air israélienne : c'est détruire les ponts, détruire l'aéroport, frapper les ports, les usines et les maisons... Cela n'implique nullement (une grande puissance), n'importe quelle force disposant de quelques avions peut le faire. Mais pour ce qui est de faire face à la structure militaire de la Résistance, Israël a (lamentablement) échoué.

Il a réussi à tuer les femmes, les enfants et les personnes âgées, et à faire évacuer une partie de la population qui est maintenant réfugiée. Mais face à la structure de la Résistance présente, je te confirme (qu'il s'est révélé impuissant). Et Israël sait bien qu'on ne se trouve pas (dans les zones urbaines), qu'on ne se cache pas au milieu des civils (bien qu'il prétende le contraire). (Nos combattants se trouvent) sur les premières lignes, dans les montagnes, les vallées, parmi les arbres, dans une région très vaste.

Israël cherche à accomplir le moindre succès. (Il ment) lorsqu'il parle de ce bâtiment qu'il a frappé ce matin dans la banlieue sud de Beyrouth (prétendant qu'il abritait des cadres/membres du Hezbollah), ou, comme je l'ai entendu durant ces deux ou trois derniers jours, en disant qu'il aurait détruit d'importantes casernes fortifiées et des camps retranchés du Hezbollah tout au long de la frontière. On a débattu avec les frères pour savoir s'il fallait publier un démenti ou pas. Certains disaient qu'il valait mieux les laisser se féliciter (de ces accomplissements illusoires) et les présenter à leur peuple comme des succès (réels). Laissez-les à leur joie face à ces (pseudo-)succès, car cela pourra peut-être atténuer leur offensive en donnant la satisfaction à l'armée israélienne d'avoir déjà accompli des succès. D'autres disaient qu'il fallait plutôt se préoccuper de notre opinion publique, qui sera influencée émotionnellement de manière positive ou négative (par ces nouvelles), et qu'il fallait donc l'informer de la vérité.

Depuis quand y a-t-il des casernes fortifiées du Hezbollah le long de la frontière ? Les points frontaliers dont ils parlent ne sont que des points d'observation on ne peut plus modestes, comportant en tout et pour tout un poteau surmonté d'une caméra, reliée à une pièce d'où elle était contrôlée. Rien de plus. Et tout cela a été évacué dès le premier jour. Donc si Israël prétend aujourd'hui avoir détruit des positions de première ligne, c'est de ces positions qu'il parle. Et s'il se vante d'avoir occupé des points de première ligne, ce sont des points situés sur la frontière que nous avons évacués depuis le premier jour, au moment de l'opération de capture (de soldats israéliens).

Actuellement, je te confirme qu'Israël, après son impuissance, a un problème de renseignements depuis les airs et au sol. La majorité de ses collaborateurs sont en fuite, certains d'entre eux ont été arrêtés, et d'autres sont restés invisibles. Et il y a des difficultés aux mouvements des collaborateurs au sol pour définir (des cibles) ou donner certaines informations. Quoi qu'il en soit, Israël a besoin que des commandos pénètrent sur le territoire libanais, soit pour collecter des renseignements, soit pour corriger certaines frappes sur les lignes de front, ou pour des opérations de capture ou pour tuer des moudjahidines (combattants) de la Résistance, afin de pouvoir dire qu'ils ont combattu et réalisé un accomplissement sur le terrain, surtout que la marine israélienne s'est retirée après avoir été frappée. Quant à la force aérienne, (tout ce qu'elle a fait jusqu'à présent) n'est pas un succès, ils n'ont rien accompli. C'est pourquoi ils recherchent n'importe quel accomplissement sur le sol.

Ce qui se passe jusqu'à présent s'inscrit dans ce cadre, et je ne le désigne pas comme le début d'une invasion terrestre. Mais je tiens à préciser à cet égard que premièrement, nous avons fait face à ces incursions avec force et nous les avons repoussées, et n'eussent été les conditions difficiles pour obtenir et diffuser les images des opérations, nous aurions pu montrer les tanks que nous avons détruits, ce qui aurait été requis et préférable, mais quoi qu'il en soit, ils reconnaissent eux-mêmes que des tanks ont été détruits, et qu'ils ont eu des tués et des blessés. Et je leur promets davantage de combat et de résistance héroïque de la part des moudjahidines (combattants) de la Résistance sur toute la longueur de la frontière.

Mais en ce qui concerne le choix d'une opération terrestre, il est possible qu'ils y recourent, et quoi qu'il en soit, nous y sommes prêts depuis le premier jour. Bien sûr, je ne veux pas élever les attentes, et je ne fais pas des discours (visant à donner de l'enthousiasme aux dépens de la réalité). Nous sommes engagés dans une véritable bataille. Je n'ai jamais dit que l'ennemi israélien serait incapable de pénétrer sur un seul point du sud du Liban. Nous ne sommes pas une armée classique étendue de la mer jusqu'au Mont Hermon. Nous sommes un mouvement de Résistance populaire authentique. Il y a plusieurs régions et zones dans lesquelles nous ne sommes pas présents. Il est possible que l'ennemi parvienne à pénétrer sur un point, à pénétrer dans un village, à réaliser une vaste opération terrestre. Et pour qu'on ne dise pas que le Hezbollah avait promis (qu'Israël ne parviendrait jamais à pénétrer sur le territoire libanais), je répète que je n'ai jamais promis quoi que ce soit de ce genre. Et pour qu'on ne dise pas demain que puisque Israël est parvenu sur tel mont ou dans tel village, il a remporté une victoire historique, jamais de la vie. Là n'est pas la question. C'est quelque chose qui peut advenir à n'importe quel moment. En ce qui nous concerne, notre équation et notre doctrine sont que lorsqu'Israël pénètre sur notre territoire, il doit payer un prix très élevé au niveau de ses tanks, de ses officiers et de ses soldats. Voilà ce que nous promettons, et nous tiendrons cette promesse avec la Grâce de Dieu.

Ghassan Ben Jeddou : Est-ce que vous vous attendez à ce que les batailles soient longues ? Jusqu'à quand ? Et est-ce que vous vous préparez, comme l'a déclaré un général (libanais), à perdre un grand nombre d'hommes ?

Hassan Nasrallah : Sur ce point, la bataille... Si je veux répondre à ces questions, il faut que je parle un peu de l'arrière-plan de la bataille. Bien sûr, à aucun moment nous n'avons cru que l'agression israélienne était la conséquence (de la capture des soldats israéliens). Peut-être que la réaction des premiers instants est une réaction naturelle à une capture de soldats israéliens. Mais quelques heures après, la question a dépassé la réaction à une capture de prisonniers, et Israël s'est engouffré dans un (vaste) projet. Ce projet, les responsables, les dirigeants et les médias israéliens en parlaient, à des degrés divers, nous y reviendrons plus en détail par la suite.

Par exemple, ils ont parlé d'en finir une bonne fois pour toutes avec le Hezbollah, non pas avec la puissance balistique du Hezbollah, mais bien d'anéantir le Hezbollah. Ensuite, ils ont mis la barre moins haut, et ont parlé de démanteler la structure militaire du Hezbollah. Puis ils ont encore revu leurs objectifs à la baisse, et ont parlé d'en finir avec la puissance balistique de la structure militaire (du Hezbollah). Puis ils ont encore revu leurs objectifs à la baisse – ils descendaient d'un palier par jour – et ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas en finir avec la puissance militaire du Hezbollah, mais qu'ils voulaient lui infliger des dégâts et affaiblir sa force. Puis ils ont encore abaissé la barre, et ont dit qu'ils voulaient éloigner le Hezbollah de la frontière. Et bien sûr, ils savent bien, lorsqu'ils parlent de nous éloigner de 10 ou 20 kilomètres, que cela ne signifie pas éloigner notre puissance balistique. Aujourd'hui, lorsque nous frappons Haïfa, Afoula et des villes plus éloignées encore – et nous avons la capacité de frapper encore plus loin que cela –, parler de 10 ou 20 kilomètres relève du simple détail (sans aucune incidence sur le terrain). Et à un moment, ils disaient que non, le but de leur opération était de libérer les deux prisonniers, mais je te garantis que ce n'est pas l'objectif de leur opération.

Quoi qu'il en soit, d'une part les slogans, et d'autre part les objectifs qui ont été annoncés pour cette agression signifient que nous sommes face à une opération qui peut s'étendre sur la durée. Je ne peux pas dire une semaine, deux semaines, trois semaines, un mois, plus, moins, car cela est lié d'une part aux développements sur le terrain, et d'autre part aux développements politiques. Actuellement...

Ghassan Ben Jeddou : Est-ce que cela dépend de vous ou d'Israël ?

Hassan Nasrallah : Cela dépend à la fois de nous et d'eux. L'avenir de la bataille... Je vais t'expliquer la situation.

Aujourd'hui, en Israël, on commence à dire, et c'est là une analyse logique, que l'opération militaire israélienne est parvenue à son apogée. Car Israël ne peut absolument rien faire de plus que ce qu'il a déjà fait. A part une invasion terrestre, qui sera de toute façon coûteuse, et au sujet de laquelle il y a un débat véritable non seulement entre les politiciens, sur le plan politique, mais également sur le plan militaire et sécuritaire, il y a une véritable dispute au niveau des commandements militaires et sécuritaires. Il reste seulement la question de l'invasion terrestre. A part l'invasion terrestre, Israël a fait tout ce qu'il pouvait faire.

Ils sont arrivés au point culminant (de leur agression), et ont maintenant deux possibilités : quand on arrive à l'apogée, soit on avance horizontalement, on maintient la même puissance de feu, la même dose, soit on commence à baisser d'intensité, les opérations militaires commencent à diminuer, à se calmer progressivement, ouvrant ainsi la porte à une résolution politique. Combien de temps durera ce processus ? Cela dépend des développements (sur le terrain).

Aujourd'hui, tant que la guerre se poursuit, tout le nord, le nord d'Israël est paralysé – pardon, je veux dire le nord de la Palestine occupée, je m'excuse, le nord de la Palestine occupée est paralysé. Il y a deux millions d'Israéliens qui sont soit dans les refuges, soit sont sortis de la région, ont été exilés de la région (réfugiés). Toute l'économie du nord est paralysée : les usines, le commerce, le tourisme, tous les mouvements économiques sont paralysés. Il se peut que le nombre de tués et de blessés de leur côté soit largement inférieur au nôtre, ce qui est naturel, car nous n'avons pas... Ils ont un arsenal considérable, tandis que notre arsenal ne vise pas à la destruction, aux représailles et à la vengeance, mais seulement à la dissuasion. Ils ont une capacité de destruction colossale, je n'exagère nullement. Et ils ont des refuges. Cite-moi un seul village du sud qui possède des refuges. Jusqu'à présent, une grande partie des habitants du sud sont toujours dans le sud. Et si on avait la capacité de construire des refuges, tous seraient restés et il n'y aurait pas de réfugiés. Personne ne vivrait aujourd'hui dans des écoles en attendant qu'on lui fournisse ses provisions quotidiennes.

Quant à eux, depuis la frontière jusqu'à des régions éloignées dans le nord, il y a des refuges pour les colonies. Il est donc naturel qu'il y ait moins de tués et de blessés chez eux. Mais les dégâts infligés à l'économie, et les pressions auxquelles sont soumis les habitants (de la Palestine occupée) du fait de l'exode et de la vie dans les refuges (devient insoutenable)... Israël leur a promis une opération rapide, et ne cesse de répéter au fil des jours (que la victoire finale est imminente). Le premier jour, le deuxième jour, le troisième... Chaque jour, à en croire (la propagande) des médias israéliens, ils me tuent deux ou trois fois, ils tuent des commandants du Hezbollah (par dizaines), ils accomplissent des exploits (militaires) extraordinaires, etc. Mais ensuite, jusqu'à quand (cette propagande) peut-elle durer ?

Jusqu'à présent, la société israélienne est unie autour de son gouvernement. Nous avons déjà vécu cette expérience en 1993, en 1996, dans les guerres précédentes, mais ce soutien va commencer à s'effriter si la guerre perdure. Par conséquent, les opérations militaires peuvent se maintenir à la même intensité ou aller en diminuant, et le prochain stade plus élevé encore auquel on peut s'attendre est l'invasion terrestre. Et à ce niveau, je te confirme que ce sera une catastrophe pour l'armée israélienne, et ce n'est pas là une menace (vaine). Tu sais bien que depuis le premier jour, je m'efforce de parler de manière très calme et mesurée à ce sujet. La question à présent, s'ils continuent ainsi, est...

Ghassan Ben Jeddou : Pardon, vous avez parlé plusieurs fois de 'catastrophe', que voulez-vous dire précisément ?

Hassan Nasrallah : Une catastrophe pour leurs tanks, leurs officiers et leurs soldats, qui paieront un prix très élevé. Depuis le premier jour, même sur la table des négociations (intra-libanaise), même dans mes discours précédents, je disais qu'en ce qui concerne l'armée de l'air (israélienne), je (le Hezbollah) ne pouvais/t pas abattre d'avion F-16. Jamais nous n'avons prétendu une telle chose. Même en ce qui concerne la marine, nous n'avions rien prétendu/promis, et nous les avons surpris en mer (en détruisant leur corvette). Mais sur la terre, nous avons une expérience de 23 ans, une expérience sérieuse et authentique, une capacité de combat et une expertise très élevées, des armes très efficaces à ce niveau, et des préparations très fortes sur ce plan. Ce n'est donc qu'une question de temps à présent.

Je ne considère pas vraisemblable qu'Israël parvienne à réaliser le moindre accomplissement militaire sur le terrain. Ce n'est qu'une question de temps, de maintien de notre résistance militaire d'une part, de persévérance politique dans le pays (d'autre part), ainsi que de persévérance populaire du pays. Israël mise sur la dislocation et l'affaiblissement de notre situation politique interne, (compte sur le fait) que le soutien populaire de la Résistance va s'amoindrir, s'effriter et s'affaiblir, afin qu'ils réalisent des résultats politiques. Et en face de cela, nous misons naturellement pour notre part sur notre persévérance et la persévérance de notre peuple, l'affaiblissement du soutien populaire intérieur israélien pour l'opération militaire israélienne et le début des pressions contre le gouvernement ennemi, et je considère que dès aujourd'hui, on en voit les premiers signes.

Ghassan Ben Jeddou : On va bientôt parler des questions politiques, mais ce que vous venez d'évoquer concernant l'endurance populaire est important. Ce n'est pas un secret, Eminent Sayed, que dans les régions où se trouvent les combattants du Hezbollah, la Résistance jouit d'un véritable soutien populaire. A présent, ce soutien populaire authentique est en partie en exode (réfugiés), s'est éloigné, est épuisé, il y a des destructions complètes... En toute franchise, avez-vous toujours confiance en ce soutien populaire ? Ne pensez-vous pas que même si vous gagnez sur le plan militaire, vous perdez sur le plan populaire, même auprès de votre secte (chiites), de votre base populaire, et non pas auprès des autres (composantes de la population libanaise) ?

Hassan Nasrallah : Avant notre entretien, mes frères (du Hezbollah), qui se rendent sur tous les lieux où se trouvent les réfugiés Libanais, les rencontrent leur parlent, le plus important est qu'ils m'ont informé qu'il y avait des ambassades de pays occidentaux qui envoyaient des équipes de sondage sur les lieux où se trouvaient les réfugiés. Et même lorsqu'ils posent des questions aux réfugiés, ils leur demandent leur religion et leur secte. Et bien sûr, ils s'intéressent avant tout à l'opinion des chiites, du fait de la situation actuelle du pays (organisé selon une base sectaire), car ils considèrent que si l'opinion des chiites commence à s'effriter et à s'éloigner de la Résistance, cela peut être une (forte) indication de l'éloignement des autres composantes de la population libanaise. Car du fait de la situation du pays, les choses sont ainsi (les chiites, première communauté au Liban, sont le cœur de la base populaire du Hezbollah). Et ces équipes de sondage ont quitté les lieux ébahies après leurs visites et leurs rencontres. Ils ont constaté un soutien très fort pour la Résistance, une grande disposition à la persévérance et au sacrifice. Ils ont entendu beaucoup de femmes leur dire qu'elles étaient prêtes à sacrifier leurs enfants, et même à aller combattre elles-mêmes : « Nous persévérons, patientons, endurons, et n'acceptons pas que la Résistance soit vaincue, humiliée ou frappée. »

Quoi qu'il en soit, au lieu que j'aille moi-même sur place ou que quiconque y aille, les gens peuvent y aller eux-mêmes, mais de manière appropriée et digne, pour rencontrer ces gens-là. Il ne faut pas prendre une personne qui ne soit même pas un réfugié, et qui prétende s'exprimer en leur nom. Toutes nos données sur le terrain, nos informations (confirment ce soutien), et du reste nous sommes en contact permanent avec eux, car ce sont nos familles, que ce soit dans les villages ou les villes (du sud) qui continuent à faire face (à l'agression israélienne), dans les régions plus éloignées ou au sein des réfugiés. Le sentiment général qui est pour nous une certitude, et qui, selon moi, est de notoriété publique, du moins auprès des ambassades occidentales qui suivent la situation de près, et donnent des informations aux Israéliens et aux centres de décision dans le monde. Et les réponses qu'ils ont reçues aujourd'hui auront une influence sur l'avenir de la bataille. Et sur ce point, je remercie tous les (Libanais) qui, par leur position et leur endurance vont amoindrir le nombre des jours de la guerre. Pourquoi ? Parce que si les équipes de sondage (occidentales) avaient entendu de la part des gens un début d'affaiblissement, de fatigue ou d'ébranlement, (ces pays) auraient dit à Israël « Vas-y, continue, tu peux réaliser tes objectifs, ça ne prendra plus beaucoup de temps. » Car Israël ne peut pas supporter une longue guerre, et l'intervention des dirigeants américains et autres (pour mettre fin à la guerre) aurait été repoussée. Mais aujourd'hui, hier et avant-hier, et surtout aujourd'hui, ils ont entendu des mots très forts, largement adoptés, nobles et dignes, et en toute certitude, je vous déclare qu'ils ont commencé à désespérer (d'affaiblir le Hezbollah et de réaliser le moindre objectif dans cette guerre).

Et je tiens à répéter ce que j'ai dit il y a quelques jours : nous avons véritablement un peuple digne, et je parle du peuple Libanais en général, je ne parle pas seulement des chiites. Le peuple Libanais est honorable, digne et grand, et ce ne sont pas là des propos flatteurs et exagérés. Tu peux te rendre dans n'importe quelle région du Liban, où se trouvent des chrétiens, des sunnites, des druzes, et voir comment se comportent le reste des Libanais avec ces réfugiés.

Ghassan Ben Jeddou : Mais il semble qu'il y ait une distinction, une différence entre la compassion avec ces réfugiés, du fait qu'ils sont Libanais, et la position vis-à-vis de ce que font le Hezbollah et la Résistance. Il se dit que les autres groupes et les autres partis n'agréent pas l'attitude du Hezbollah, son comportement, et la manière dont il a fait entrer le Liban dans cette guerre, comme ils disent.

Hassan Nasrallah : Je ne parle pas de certaines forces politiques, je parle de la population, les gens qui de manière générale sont dans une situation difficile, les gens honorables, dont on voit la fierté, l'honneur, le patriotisme, surtout qu'à présent, il y a une unanimité politique pour dire que ce qui est advenu est advenu, et que viendra l'heure des comptes, ce que nous disons nous-mêmes, il n'y a pas de problème (nous sommes prêts à rendre des comptes). L'atmosphère politique est à l'union pour faire face à cette guerre. Ce niveau de discours politique dans lequel il y a moins d'incitation – je ne dis pas qu'il n'y a pas d'incitation, je dis qu'il y en a moins (que d'habitude) – donne aux gens l'occasion de considérer les choses de par leur nature première. Aujourd'hui, les masses populaires de la Résistance ne se sentent nullement isolées de la nation et du peuple libanais, et la Résistance ne ressent nullement que ses masses autour d'elles ont commencé à s'éloigner d'elle, en aucun cas. Je te confirme que les masses de la Résistance sont plus résolues et déterminées (que jamais).

Et même lorsque nous irons... car il y aura très certainement des négociations et des débats politiques (internes), lorsque nous irons vers ces négociations, l'une des choses les plus importantes que les dirigeants du Hezbollah devront bien avoir à l'esprit est que derrière eux, se tiennent des masses qui n'accepteront pas des concessions qu'elles considèreraient humiliantes ou autres. Ces masses demanderont au Hezbollah des exigences élevées et à la hauteur de l'endurance du peuple et de ses sacrifices, et telles sont nos intentions.

Ghassan Ben Jeddou : Quoi qu'il en soit, Eminent Sayed, il y a des voix qui disent que le Hezbollah peut être actuellement fort sur le terrain du point de vue militaire, du moins comme vous l'avez dit, mais il semble qu'il soit exclu, isolé, rejeté sur le plan international, et également aux abois sur le plan politique à l'intérieur. Même ceux qui étaient vos alliés par le passé, je ne dis pas (tous), mais même les forces politiques avec lesquelles vous vous entendiez à l'intérieur ne cachent pas aujourd'hui leur malaise. Il est vrai qu'ils disent que viendra l'heure des comptes, mais ils ne cachent pas leur malaise et disent même plus que cela : « Comment le Hezbollah peut-il faire payer le prix de ses actions au Liban, le prendre en otage, prendre des décisions à lui seul ; le gouvernement n'était pas informé (de la capture de soldats israéliens) et n'en porte pas la responsabilité ni ne l'adopte. Une telle chose est-elle concevable ? »

Hassan Nasrallah : Très bien. Nous commençons donc à aborder la situation politique. Mais je veux d'abord conclure sur la première partie (consacrée à la situation militaire). Puisque nous avons parlé du terrain, des frappes, des colonies, je tiens à m'adresser à la famille (palestinienne) qui a été touchée dans la ville de Nazareth : en mon nom et au nom de mes frères, je présente mes excuses à cette famille, et bien sûr, les excuses ne suffisent pas, j'assume toute la responsabilité. Cela n'était aucunement dans notre intention, mais quoi qu'il en soit, ceux qui ont été tués à Nazareth, nous les considérons comme des martyrs de la Palestine, du Liban, de la Communauté (musulmane) et de la Résistance. Dans n'importe quelle confrontation sérieuse et violente de ce niveau, de telles erreurs peuvent se produire. Je leur adresse mes condoléances et mes excuses sincères, et j'espère humblement qu'ils accepteront mes condoléances et mes excuses. Cela dit entre parenthèses.

J'aborde donc l'aspect politique. En ce qui concerne la situation politique, premièrement, si on veut parler de la communauté internationale, elle n'a jamais été à nos côtés (dans l'histoire), pas un seul jour, pour qu'on puisse dire qu'aujourd'hui elle n'est plus avec nous, qu'elle nous assiège, nous abandonne, nous délaisse : elle a toujours été comme ça, et elle était même majoritairement contre nous. Par exemple, nous sommes inscrits sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis depuis la création de cette liste. Nous faisons partie des premiers à être désignés comme tels. Et il y a également un certain nombre de pays européens qui nous a inscrits sur sa liste des organisations terroristes.

La position de la communauté internationale est claire (aux côtés d'Israël), et par conséquent, nous ne sommes nullement surpris par la position actuelle de la communauté internationale, et nous n'avons jamais compté sur elle, absolument jamais. Cette communauté internationale qui émet des résolutions internationales qu'Israël n'a jamais appliquées en quoi que ce soit, même la résolution 425 (de 1978 imposant à Israël de se retirer du Liban) n'a pas été appliquée par Israël (de son plein gré), c'est nous qui la lui avons imposée (par la force des armes de 1982 à 2000). Toutes les décisions ayant trait à la cause palestinienne n'ont jamais été appliquées en quoi que ce soit par Israël, de même pour celles concernant les territoires arabes occupés (en 1967). Voilà pour le premier aspect. Mais cela ne représente pour nous ni un élément nouveau, ni un facteur de pression.

En ce qui concerne certaines prises de position (des pays) arabes, naturellement, cela est nouveau, c'est vrai. C'est nouveau. Par le passé, certains régimes arabes ont abandonné la Résistance et le Liban. Et aujourd'hui, nous acceptons de la part des régimes arabes... Je suis très précis et factuel. Nous acceptons qu'ils soient neutres, rien de plus (car on sait que c'est le maximum qu'on puisse attendre de leur part). Et par le passé, nous acceptions cette position neutre de leur part. Si tu considères les discours du Hezbollah (depuis 1982)... Peut-être que nos frères en Palestine ont un discours différent, et c'est leur droit, leurs conditions sont beaucoup plus difficiles que les nôtres. Constamment, ils s'en prennent aux régimes, les accusent, les condamnent, ainsi que les dirigeants, etc. Mais ce n'est pas présent dans nos discours et dans nos usages. Pourquoi ? Car nous les avons oubliés. A quoi bon ? Si tu considères que quelqu'un est présent, tu peux éventuellement compter sur lui ou t'en prendre à lui. Mais si tu considères qu'il est absent, qu'il n'existe pas, compter sur lui ou t'en prendre à lui serait insensé, tu épuiserais tes efforts, tu frapperais dans le vide.

Vis-à-vis de la communauté internationale, jadis, nous lui demandions de condamner le bourreau et d'être compatissant avec la victime. Mais nous sommes arrivés à un point où nous acceptons, nous agréons qu'elle condamne le bourreau et la victime ensemble. Cela est devenu notre attente (maximale) naturelle, qu'une résolution condamnant à la fois le bourreau et la victime soit émise, (on trouve ça) bien.

En ce qui concerne les régimes arabes, tout ce que nous attendons d'eux, c'est qu'ils soient neutres. Mais qu'ils (soutiennent Israël)... Et s'ils ne veulent pas être neutres, au pire qu'ils nous renvoient dos à dos avec Israël. Nous acceptons qu'ils rendent le bourreau et la victime également (coupables). Mais qu'ils participent à l'épanchement du sang de la victime, et qu'ils couvrent les crimes du bourreau, cela, je te le dis (franchement), on ne s'y attendait pas. Oui, est-ce que c'est une surprise ? C'est une surprise.

Ghassan Ben Jeddou : Et donc ? Une surprise, oui, il y a quelques jours...

Hassan Nasrallah : (Ca ne change) rien, rien du tout.

Ghassan Ben Jeddou : Mais ce sont des pays essentiels, Eminent Sayed, des pays fondateurs qui ont une position clé, une influence sur la Ligue Arabe et le reste des pays arabes...

Hassan Nasrallah : Aujourd'hui, nous sommes en temps de guerre. Il y a beaucoup de débats internes au Liban et entre les pays arabes. Donc repoussons cette question. On parlait de comptes à rendre, mais nous avons nous aussi une longue liste de comptes à demander.

Je suis d'accord et j'ajoute ma voix à ceux qui ont dit avant moi – ce n'est pas mon propos, cela a été dit avant moi et je le confirme et le répète – : j'affirme catégoriquement que la réaction israélienne à notre opération de capture de soldats aurait pu être sévère mais limitée, n'eût été la couverture internationale et arabe qui lui a été apportée. Israël n'a pas reçu un feu vert des Etats-Unis, Professeur Ghassan. Israël s'est vu communiquer une décision américaine lui demandant (d'attaquer le Liban et) d'en finir avec cette question (le Hezbollah). Quelles sont les données de la décision américaine ? Nous laissons cela de côté pour le jour des comptes. La communauté internationale n'a pas donné un feu vert à Israël. La communauté internationale a communiqué une résolution à Israël, en finir avec la Résistance au Liban. Et certains (pays) arabes sont également venus fournir une couverture (à cette agression), encourager Israël à persévérer dans cette bataille, et dire à Israël que c'est là l'occasion en or, historique, d'en finir avec la Résistance au Liban.

Et je vous le dis, il ne s'agit pas seulement d'en finir avec la Résistance du Hezbollah au Liban. Ils veulent en finir avec toute volonté ou velléité de Résistance au Liban, que ce soit de la part du Hezbollah ou de quiconque. Il veulent mener le pays à un stade où le terme même de « Résistance » soit un mot condamné, de même que les termes « martyr », « djihad », « blessé », « endurance », « résilience », « Libération », « liberté », « dignité », « noblesse », « honneur », « grandeur ». Tous ces mots doivent être expurgés du dictionnaire et du vocabulaire des Libanais, des journaux, des usages politiques, de l'esprit politique, de la conscience populaire. C'est à cela qu'œuvre actuellement Israël. C'est ce dont ont besoin les Etats-Unis pour réorganiser la région (selon leurs intérêts).

J'affirme catégoriquement, et on en parlera au moment des comptes, car aujourd'hui les gens ne savent pas où réside la vérité, mais je vais vous dire toute la vérité : n'eût été les positions de certains (pays) arabes (qui ont soutenu l'agression israélienne), cette guerre n'aurait pas perduré et elle se serait terminée au bout de quelques heures. Et ensuite, dans les débats subséquents, tout le monde aurait pu dire ce qu'ils avaient à dire, et nous en aurions fait de même.

Aujourd'hui, nous ne demandons (rien à personne), et je ne m'attends pas à quoi que ce soit de la part de certains pays arabes. Je sais que la Communauté (arabo-musulmane), si tu m'interroges à son sujet, je sais que si on pouvait accéder aux cœurs de tous les peuples arabes et musulmans, on verrait qu'ils sont avec nous. (Ils peuvent exprimer leur soutien) en restant (longuement) devant (les bulletins d'informations à) la télévision, en pleurant, en étant touchés, et lorsqu'ils entendent une bonne nouvelle, ils peuvent se lever, éclater de joie, etc., et pleurer et compatir face aux nouvelles tristes ; et s'ils ont l'occasion d'exprimer leur véritable position, ils l'expriment clairement. Je n'ai aucun doute à ce sujet. J'ai la certitude que même certains des fils, des filles et des épouses des dirigeants arabes (qui soutiennent Israël) sont avec nous.

Mais je déclare aux dirigeants arabes ceci : je ne veux pas vos épées, et je ne veux même pas vos cœurs. Il suffirait que vous nous lâchiez la grappe, pour m'exprimer familièrement (en dialecte libanais), soyez neutres, ne vous préoccupez pas de nous, ça nous va très bien. Vous avez dit ce que vous aviez à dire (l'Arabie Saoudite a condamné la capture de soldats israéliens en désignant le Hezbollah comme des « aventuriers »), que Dieu vous accorde la santé (délaissez-nous et ne complotez pas contre nous).

Aujourd'hui, une guerre est imposée au Liban, et son but est la liquidation de tout ce qui s'apparente de près ou de loin à de la Résistance et à des Résistants au Liban, de (ré)éduquer le Liban par une défaite cuisante infligée par Israël, et en vérité, la guerre contre le Liban vise à liquider la cause palestinienne. Tout le monde sait bien que la vaste Intifada qui a été lancée en Palestine a été déclenchée sur les traces de la victoire au Liban (en 2000). Ce qui se passe en Palestine est une copie palestinienne du modèle libanais, et s'inscrit dans sa continuité. Eh bien, aujourd'hui, lorsqu'on vient détruire le modèle libanais, que dit-on au Palestinien ? « Tu dois désespérer (d'obtenir quoi que ce soit par la Résistance) ».

Aujourd'hui, lorsque tous ces massacres sont perpétrés au Liban et que personne dans le monde arabe ou au sein de la communauté internationale ne réagit, on doit s'attendre à ce que demain, des atrocités similaires soient perpétrées contre le peuple palestinien, pires que ce qu'a subi la bande de Gaza jusqu'à présent, et personne dans le monde ne bougera le petit doigt. Par conséquent, infliger une défaite à la Résistance au Liban revient dans leur perspective à infliger une défaite à la Résistance dans la région, à mettre fin à la cause palestinienne et à imposer les conditions d'Israël à la résolution (de ce conflit). Comme ce qu'a déclaré (le Secrétaire Général de la Ligue Arabe) Amr Moussa, « C'est fini, il n'y a plus de processus de paix. » (Hier), il y avait un intermédiaire (prétendument) neutre, qui n'a jamais été neutre ne serait-ce qu'un jour (les Etats-Unis), mais aujourd'hui, le processus de paix a été entièrement livré à Olmert. Et avant Olmert, George Bush enjoignait les Arabes et les Palestiniens d'accepter ce que leur accordait Sharon. On devrait accepter les miettes qu'ils nous proposent. Tel est l'objectif de l'agression contre le Liban. Il ne s'agit en aucun cas d'une réaction à la capture de deux soldats, la question dépasse cela de beaucoup. Quant à... Mais je te confirme qu'ils échoueront dans leurs objectifs, pour évoquer les résultats.

Quant à ce que tu m'as demandé, comme quoi je ne les aurais pas informés ou sollicités (avant la capture des soldats israéliens). Premièrement, la déclaration ministérielle du gouvernement actuel, à laquelle nous avons contribué, évoque clairement l'adoption de la Résistance par le gouvernement, et son droit naturel à libérer le territoire (libanais occupé) et les prisonniers (libanais détenus par Israël). Eh bien, comment la Résistance pourrait-elle libérer les prisonniers ? Doit-on aller (intercéder) auprès de George Bush ? Je n'en ai pas la possibilité, et c'est du reste hors de question, c'est clair ?

Et lorsqu'on parle des droits de la Résistance, on ne parle pas des droits du Ministère des Affaires étrangères, on parle des droits de la Résistance armée, et on confirme, dans la déclaration ministérielle, son droit à libérer le territoire et à libérer les prisonniers. Je suis la Résistance, j'ai des armes, (que puis-je faire sinon les utiliser) ? Voilà pour le premier point, cette déclaration ministérielle du gouvernement sur la base de la confiance de la Chambre des députés. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, à la table des négociations – car certaines personnes disent que le Sayed (Nasrallah) aurait annoncé (l'opération de capture) ou pas. Des enregistrements existent. Il est vrai que j'ai dit que nous préserverons le calme sur la frontière, c'était notre politique, mais il y a deux questions qui faisaient exception. Je parlais en tout de quatre points. Sur ces quatre points, deux points tolèrent d'être repoussées, temporisées, retardées, ajournées, aucun problème. Il s'agit : 1 / de la perpétuation de l'occupation des fermes de Cheba'a, pour laquelle on peut prendre notre temps, car il s'agit d'un lopin de terre limité et restreint, et on ne va pas faire une guerre telle que celle qui se déroule actuellement pour des fermes ; 2/ des violations aériennes et maritimes, et même terrestres, on peut les supporter (pour le moment). Il est vrai qu'il y a des violations de notre souveraineté, et il faut les condamner, mais est-ce qu'on va tout mettre sens dessus dessous pour cela ? Non.

Et il y a deux points qui ne tolèrent pas d'être repoussés : 1/ les prisonniers, car (mettre fin à ces souffrances) est une action humanitaire, et 2/ toute agression contre les civils.

Et je leur ai dit à plus d'une occasion que sur la question des prisonniers, nous étions très sérieux, et que cela ne pourrait être résolu que par la capture de soldats israéliens. Je l'ai clairement souligné. Bien sûr, je ne leur ai pas dit « Je vais capturer des soldats israéliens au mois de juillet », cela est absolument impossible.

Ghassan Ben Jeddou : Pardon, vous les avez informés que vous alliez capturer des soldats israéliens ?

Hassan Nasrallah : Je leur disais que la question des prisonniers que nous devions absolument régler ne serait résolue que par la capture de soldats israéliens.

Ghassan Ben Jeddou : Vous leur avez dit cela clairement ?

Hassan Nasrallah : En toute clarté. Et premièrement, personne ne m'a dit « Non, il t'est interdit de capturer des soldats israéliens. » Et même s'ils me l'avaient interdit, je ne l'aurais pas accepté, je ne suis pas en train de me défendre. Et j'ai mentionné le fait que nous allions capturer des soldats israéliens durant des entretiens avec certains des principaux dirigeants politiques du pays. Je ne vais pas mentionner leurs noms aujourd'hui, mais je le ferai lorsque viendra l'heure des comptes. Ils m'ont alors demandé « Si cela se produit, est-ce qu'on en finira avec le dossier des prisonniers ? » Et j'ai répondu qu'évidemment, nous en finirions alors avec le dossier des prisonniers.

Et je te confirme que nos calculs n'étaient pas erronés, et je n'exagère rien. Dans le monde entier, cher maitre, dans le monde entier, tu ne trouveras aucun exemple d'Etat, d'armée, de guerre qui a été déclenchée contre un Etat parce que des gens sont venus capturer ou kidnapper deux soldats, ou même kidnapper des otages, pas des soldats ou militaires. Cela ne s'est jamais produit dans l'histoire, et même Israël n'a jamais rien fait de tel. Mais aujourd'hui, ce qui se produit n'est pas une réaction à la capture de deux soldats. Je le répète, il s'agit d'une décision internationale soutenue en coulisses par (certains pays) arabes.

Et cette décision est liée… Je te garantis que si nous n'avions pas capturé ces deux soldats en juillet, alors en juillet, en août ou en septembre, du moins dans un délai limité, Israël se serait engagé dans cette bataille et lui aurait façonné de toutes pièces n'importe quelle excuse, n'importe quel prétexte. Car c'en est assez : la liquidation de la Résistance et des armes de la Résistance ne peut se faire ni à l'intérieur (du Liban), ni via la situation régionale, ni sur la table des négociations. Et les Etats-Unis ont clairement compris que cela ne serait jamais réglé de manière interne. Par conséquent, « O Libanais, ôtez-vous du passage, et libérez la voie à Israël pour qu'il en finisse avec la Résistance et lui retire ses armes, mais nous avons besoin d'être soutenus (en coulisses) ». Et ils sont allés chercher une couverture internationale et arabe. Telle est la réalité de la situation.

Et en dernier lieu, je te déclare que dans le monde entier, aucune Résistance ne procède différemment : si je veux capturer deux soldats israéliens, la direction politique (du Hezbollah) doit prendre la décision et me la communiquer. Mais il n'est pas nécessaire que les frères connaissent l'heure, le moment ou le lieu précis, etc. Si 60 ou 70 personnes connaissent ces détails, l'opération peut-elle être couronnée de succès ? En aucun cas. Alors ne parlons même pas d'informer un gouvernement composé de 24 ministres, 3 Présidents, de forces politiques diverses ayant de lourds différends politiques, etc. A la table des négociations (intra-libanaise), on discute et négocie, et une heure après ces réunions, leur contenu est connu des ambassades (occidentales). Tu voudrais que je déclare au monde entier que je m'apprête à capturer des prisonniers ? Ce n'est pas logique.

Ghassan Ben Jeddou : Mais il semble qu'à travers ton propos, Eminent Sayed, tu fais porter la responsabilité (de la guerre) à la partie adverse (Etats-Unis / Israël), en disant qu'ils préparaient ce projet (d'éradication de la Résistance de longue date), et que la capture des deux soldats (israéliens) n'était qu'un prétexte. Mais certains disent exactement le contraire, et du moins le communiqué de l'alliance (politique libanaise) du 14 mars (opposée au Hezbollah) et ses déclarations politiques étaient très clairs : (ils affirment que) ce qui s'est passé s'inscrit dans un projet syro-iranien ; que par votre action, vous avez ramené le pays à la situation d'avant le 14 mars (2005, assassinat de Rafik Hariri puis retrait des troupes syriennes du Liban) ; que vous servez par là le projet de l'Iran, qui est actuellement en lutte contre les Etats-Unis à cet égard ; que la Syrie veut aujourd'hui retrouver son influence au Liban par cette voie ; (en somme), vous avez retourné la situation par votre action.

Hassan Nasrallah : Très bien. Il est bon que nous discutions de ce point. Cette symphonie est récurrente au Liban, (nos adversaires) nous la jouent sans cesse, quoi qu'on puisse faire, dans n'importe quel dossier, ils (nous jettent toujours) l'Iran et la Syrie (au visage).

Laisse-moi directement commencer par l'opération de capture des prisonniers. Il est vrai que je n'en ai pas informé le gouvernement libanais, mais je n'en ai pas non plus informé mes plus proches alliés. La Syrie n'était pas informée. L'Iran n'était pas informé. Il n'y a absolument aucun Syrien ou Iranien qui ait été au courant. Premièrement, ils ne sont pas au courant, et je n'ai demandé conseil à aucun d'entre eux. Nous sommes une Résistance présente sur le territoire libanais, nous avons des prisonniers dans les geôles israéliennes, c'est notre droit naturel que de les faire revenir parmi nous, une déclaration ministérielle longue et explicite nous confirme ce droit, et nous sommes donc passés à l'action. Voilà toute l'affaire.

Si nous analysons les faits après coup, pour établir si c'est la Syrie qui nous a dit de faire cette opération, on se rend compte que ce sont des propos ridicules et honteux, de même pour l'Iran. Pourquoi la Syrie voudrait que le Hezbollah fasse une telle opération ? C'est l'analyse de certaines personnalités politiques (libanaises), qui prétendent que ce serait pour ajourner ou mettre fin au Tribunal Spécial pour le Liban (TSL, chargé d'identifier les assassins de Rafik Hariri) ? Ce sont des propos puérils. Pourquoi cette théorie est-elle grotesque ?

Aujourd'hui, la communauté internationale est accaparée par la guerre contre le Liban. Mais dans une, deux, trois semaines, un mois, elle sera terminée. Et au mois d'août, (au plus tard) en septembre, le TSL reprendra son travail. Quelqu'un peut-il croire qu'une guerre de cette nature annulera la décision du TSL s'il y a une volonté de la communauté internationale de le maintenir ? Voilà pour le premier point. C'est vraiment se moquer des gens et les prendre pour des simples d'esprit (que d'avancer de telles théories inconsistantes).

Et je vais te dire quel est le but de cette (manipulation) : c'est de dépouiller la Résistance au Liban de son patriotisme, de son éthique et de son humanité, et de la présenter comme un parti ou un groupe qui n'est qu'un instrument de la Syrie et de l'Iran qui œuvre pour les intérêts de la Syrie et de l'Iran et qui ignore ou piétine les intérêts libanais, et agit même aux dépens des intérêts du Liban. Voilà en ce qui concerne la question syrienne.

En ce qui concerne l'Iran, si une guerre se produit au Liban, après un, deux ou trois mois, elle va finir. Combien de temps peut-elle durer ? Elle va finir (tôt ou tard). Et qu'est-ce que cela va changer au dossier nucléaire iranien ? Qu'est-ce que ça va changer ? Au contraire, je te déclare que s'il y a une relation (entre cette guerre) et le dossier nucléaire iranien, la guerre qui est menée aujourd'hui contre le Liban n'est pas dans l'intérêt du dossier nucléaire iranien. Les Etats-Unis et Israël prenaient toujours en compte dans leurs calculs le fait que si une guerre advenait contre l'Iran, le Hezbollah pourrait intervenir aux côtés de l'Iran. Si on vient maintenant frapper le Hezbollah, qu'est-ce que cela signifie ? On affaiblit l'Iran dans le dossier nucléaire iranien, on ne le renforce pas.

Comment ces (adversaires internes qui nous accuse de servir la Syrie / l'Iran) lisent-ils la situation politique ? (Ils interprètent tout de travers). Ce qui se passe à présent de notre part est (de la légitime) défense (des intérêts du Liban), sans aucun lien avec le TSL ou la volonté de mettre fin au TSL, c'est la plus ridicule des déclarations, et j'espère que personne ne va y revenir.

O mon frère, le 10 mai, nous sommes descendus manifester dans les rues pour défendre les droits des travailleurs, crier notre refus d'affamer le peuple, défendre les acquis sociaux et refuser la soumission aux diktats du FMI, et (ces mêmes adversaires) nous ont accusés de détruire le pays et de vouloir mettre fin au TSL. Aujourd'hui, nous avons capturé des prisonniers (israéliens) pour mettre fin au dossier des prisonniers (libanais détenus par Israël), une guerre nous a été imposée, et on se retrouve accusés d'avoir déclenché une guerre pour mettre fin au TSL. De tels propos sont honteux. Cette question n'a rien à voir avec la Syrie et rien à voir avec l'Iran, (que tout le monde en soit convaincu).

Et je veux encore ajouter une chose : le Hezbollah a toujours, absolument toujours fait primer les intérêts nationaux libanais sur toute autre considération. Et à la table des négociations (intra-libanaise), j'ai soumis ce point au débat, et je leur ai demandé : « Vous nous connaissez depuis (notre création il y a) 23 ou 24 ans. Je peux dire à chacun d'entre vous – à la majorité, non à tous – quelle bataille il a menée qui n'était pas dans l'intérêt du Liban, mais dans l'intérêt d'autres pays. Mais montrez-moi une action du Hezbollah au Liban ou une guerre dans laquelle s'est engagée le Hezbollah qui soit dans l'intérêt de puissances étrangères et non dans l'intérêt du Liban. » Ils ont été incapables de donner un seul exemple. Quelqu'un a avancé la question des otages (occidentaux, 1982-1992). J'ai rétorqué que premièrement, ce n'est pas le Hezbollah qui a capturé ces otages. Et que deuxièmement, les organisations qui ont capturé ces otages en 1982 et 1983 ont permis par leur action d'obtenir la libération de centaines de prisonniers libanais des prisons israéliennes, et surtout de la prison militaire d'Atlit. Et il y a des témoins à cela, car parmi ceux qui ont participé aux négociations (en tant qu'intermédiaires), il y a le Président de la Chambre des députés Nabih Berri. Par conséquent, même ces otages ont été capturés pour (sauver) des Libanais, et non pour des intérêts iraniens ou syriens. Et (en tant que Hezbollah), je n'ai aucun rôle dans la question des otages.

Je les mettais au défi de me citer un seul exemple, et je le répète aujourd'hui : « Citez-moi un seul exemple, avant cette guerre où vous nous accusez (encore de servir les intérêts étrangers), afin de soutenir cette accusation, où nous avons fait quoi que ce soit qui soit contraire aux intérêts nationaux. » Nous sommes une grande force politique – au niveau national ; le Liban est un petit pays, mais je parle en termes relatifs. J'affirme que le Hezbollah est le plus grand parti politique du Liban. Et en ce qui concerne la force militaire, la question ne se pose même pas : la principale aujourd'hui est la Résistance (Hezbollah). En ce qui concerne le soutien populaire, la question ne se pose pas : j'affirme que le Hezbollah est le plus grand mouvement populaire au Liban. Mais cette force politique, militaire, massive et populaire, indiquez-moi donc en quoi nous en avons bénéficié au Liban, même pour nos intérêts de parti, ou même en ce qui concerne les intérêts de la secte (chiites) à laquelle nous appartenons, du fait de la constitution sectaire du pays. Jamais nous n'avons servi nos propres intérêts en quoi que ce soit. Nous avons toujours fait des concessions dans l'intérêt national. En tant que Hezbollah ou masses soutenant la Résistance, je n'ai pas besoin de me défendre en ce qui concerne la défense de l'intérêt national.

J'affirme aujourd'hui que nous menons la guerre de l'intérêt national, car Israël veut humilier et soumettre le Liban et en prendre le contrôle. Et si Israël gagne cette guerre, tout gouvernement qui se formera au Liban devra obtenir l'accord d'Olmert et du Mossad israélien. Il ne faudra plus seulement obtenir l'accord de l'ambassadeur américain, de l'ambassadeur français et de l'ambassadeur britannique, il y aura une 4ème personne qui devra donner son accord en ce qui concerne la loi électorale, la formation du gouvernement, le nouveau Président de la République, etc., etc., etc., à savoir M. Olmert.

Je rejette catégoriquement toute accusation de cette nature, et j'affirme que l'objectif de ces accusations est de nier à la Résistance son humanité, son éthique, son patriotisme et son djihad (combat défensif).

Les gens me connaissent bien – permets-moi de souligner ce dernier point. Les gens me connaissent bien. Aujourd'hui… En général, je n'aime pas parler de moi. Aujourd'hui, avant que les maisons des civils soient détruites, ce sont les maisons des commandants et des cadres du Hezbollah qui ont été détruites. Cite-moi un seul de mes frères (dirigeants du Hezbollah) connus dont la maison n'a pas été détruite. Aujourd'hui, les familles des cadres du Hezbollah sont des réfugiés, comme tous les réfugiés. Donc en ce qui concerne le prix à payer, c'est principalement nous qui le payons (car nos familles et nos biens sont ciblés en priorité).

Aujourd'hui, nos enfants, nos familles, nos proches, nos personnes chères et bien-aimées sont sur le champ de bataille. Personne ne se cache nulle part. Tout le Hezbollah est engagé dans la guerre. Les masses du Hezbollah sont toutes engagées dans la guerre. Sommes-nous, moi et mes frères, fous au point de sacrifier nos vies, nos familles, nos masses honorables, nos enfants et nos bien-aimés pour que la Syrie revienne au Liban ? Ou pour que retarder l'action du TSL ? Ou pour le dossier nucléaire iranien ? Qui peut proférer de telles insanités ? Ce sont des propos insultants, véritablement insultants, dans tous les sens du mot insulte. C'est un affront à notre patriotisme, à notre engagement.

Oui, nous sommes les amis de la Syrie et les amis de l'Iran. Mais pendant 24 ans, nous avons tiré profit de notre amitié avec la Syrie et avec l'Iran uniquement pour le bien du Liban. Il y a d'autres personnes qui ont tiré profit de leur amitié avec la Syrie pour leurs postes, leurs maisons, leurs richesses et leurs comptes en banque. Mais en ce qui me concerne, cite-moi un seul compte en banque. Montre-moi le palais que j'ai bâti grâce à mes relations avec les Syriens au Liban. Jamais tu ne trouveras rien de tel. Le Hezbollah n'a utilisé cette amitié que dans l'intérêt du Liban. Et aujourd'hui, le Hezbollah ne combat pas pour la Syrie, ni pour l'Iran, mais pour le Liban.

Et oui, le résultat de cette guerre au Liban sera en Palestine. Si nous sommes victorieux, la Palestine sera victorieuse, et si, à Dieu ne plaise, nous sommes vaincus, nos frères en Palestine seront soumis à des conditions extrêmement difficiles. Mais avec l'aide de Dieu, il n'y aura que la victoire (pour le Hezbollah).

Ghassan Ben Jeddou : Dans cette guerre, que signifie la victoire, et que signifie la défaite ? Qu'est-ce que vous considèrerez comme une victoire ? Et quels seront les indices d'une défaite, pour nous ou pour le monde ?

Hassan Nasrallah : Si nous nous défendons avec succès, c'est ça la victoire. En 1996, comment notre victoire est-elle advenue ? Par le fait que l'opération militaire israélienne n'a réalisé aucun de ses objectifs. Voilà tout. Et le Hezbollah est resté, la Résistance du Hezbollah a été maintenue.

Ce n'est pas nous qui avons déclenché la guerre ou lancé une vaste offensive. Oui, nous avons fait deux prisonniers. Mais nous n'avons pas lancé une vaste offensive. Nous n'avons pas commencé, dès l'instant où nous avons capturé ces deux soldats, à bombarder Nahariya, Haifa, Tabariya, Safed, menant les choses à la guerre, en aucun cas. Même dans l'escalade, Israël a été beaucoup plus rapide que nous. Nous avons fait preuve de retenue, espérant que les choses s'arrêteraient là, car nous ne voulions pas mener notre pays à la guerre. Mais ils sont entrés en guerre, donc nous aussi.

La victoire dans cette guerre n'implique pas que le Hezbollah s'empare du nord de la Palestine, et libère Nahariya, Haïfa et Tabariya, ce n'est ni notre aspiration, ni notre slogan. Ce serait une longue opération impliquant la Palestine, la Communauté (arabo-musulmane), c'est une toute autre question. La victoire dont nous parlons est que la Résistance se maintienne, et ce sera une victoire. Que la détermination de la Résistance ne soit pas brisée, ce sera une victoire. Que le Liban ne soit pas humilié, que sa dignité et son honneur soient préservés, que le Liban, seul, continue à faire face à la plus féroce des armées de la région, résiste avec succès et n'accepte aucune condition humiliante pour résoudre le conflit, ce sera une victoire. Que nous ne soyons pas vaincus militairement, ce sera une victoire. Tant qu'il restera un missile lancé du Liban et ciblant les sionistes, tant qu'un seul Résistant continuera à ouvrir le feu (sur l'ennemi), tant qu'un combattant placera une mine pour piéger les Israéliens, cela signifiera que la Résistance est toujours présente (et c'est une victoire).

Et je te le dis en toute franchise, aujourd'hui, alors que nous sommes au 8e ou au 9e jour, en fonction du jour qu'on considère le 1er (Israël prétend que la guerre a été déclenchée le 12 juillet par la capture de ses soldats, et le Hezbollah considère que c'est le 13 juillet, avec la vaste agression israélienne), nous considérons que nous avons déjà réalisé une partie de la victoire. Notre persévérance même jusqu'à ce jour est une victoire. Nous combattons (seuls) contre Israël ! Je disais toujours, même à la table des négociations, que nous ne sous-estimions pas (la puissance d') Israël. Quoi, est-ce qu'on est en train de combattre une milice, un parti, une organisation (quelconque), l'armée d'un pays pauvre ou sous-développé ? En aucun cas. Nous savons que nous combattons une armée qui a vaincu plusieurs armées arabes d'un seul coup (en 1948, 1967, 1973). Mais nous l'avons combattue, et avec l'aide de Dieu, nous l'avons vaincue (en 2000), et nous continuons à la combattre aujourd'hui. Et par conséquent, notre maintien et notre persévérance jusqu'à ce jour sont une victoire, le fait que nous ayons absorbé les frappes est une victoire, et le fait qu'on poursuive les combats est une victoire.

De même, l'ennemi commence à revoir ses objectifs à la baisse. Le premier jour, il était hors de question (pour Israël) de négocier (avec nous). Mais aujourd'hui, Israël commence à parler d'ouvrir des négociations. Le premier jour, il était question d'anéantir le Hezbollah. J'en ai parlé rapidement tout à l'heure, et je t'ai dit que j'y reviendrai dans la section politique. Aujourd'hui, plus personne ne parle, même chez les responsables israéliens, d'en finir avec le Hezbollah. Il n'est même plus question de démanteler le Hezbollah. Aujourd'hui, ils parlent soit de retirer les armes du Hezbollah, soit d'affaiblir la capacité balistique du Hezbollah. Même la destruction de la puissance militaire du Hezbollah n'est plus un objectif militaire. Les Israéliens ont bien compris aujourd'hui que par la force militaire, ils ne parviendront pas à démanteler la structure militaire du Hezbollah ni sa puissance balistique. Ils vont s'efforcer d'y parvenir sur le plan politique. C'est un échec (cuisant) pour Israël. Et tout échec d'Israël est une réussite, un succès, une victoire pour le Hezbollah.

Ghassan Ben Jeddou : A cet égard, Eminent Sayed, quelles sont vos revendications à présent ? Vous parlez de négociations. Est-ce qu'on vous demande seulement, à présent, de livrer vos deux prisonniers de manière inconditionnelle, ou y a-t-il autre chose ? Nous avons entendu le Ministère des Affaires étrangères israélien dire à l'intermédiaire (entre vous), l'Allemagne, de commencer la négociation. Qu'est-ce qu'on vous demande ? Il y a la délégation de l'ONU, (Javier) Solana (Haut Représentant de l'Union européenne), etc.

Hassan Nasrallah : En ce qui concerne l'ONU, elle a eu un comportement indigne avec le gouvernement libanais. La délégation de l'ONU est venue, a contacté les responsables libanais, et a avancé l'idée qu'un accord de cessez-le-feu global nécessitait que le Hezbollah livre les deux prisonniers au gouvernement libanais, que le gouvernement libanais commence des négociations pour un échange de prisonniers sous un mois, et qu'à la lumière de ces négociations, on verrait comment évoluent les choses. Et ceux à qui l'ONU a parlé...

Bien sûr, à présent, le canal sur lequel nous nous appuyons, je l'annonce (publiquement), pour les contacts politiques à ce sujet est le Président de la Chambre des Députés Nabih Berri, pour plusieurs raisons. Bien sûr, nous sommes présents dans le gouvernement, nous sommes en contact avec lui, c'est une chose naturelle. Mais en ce qui nous concerne, Nabih Berri représente la partie avec qui (ceux qui veulent parler au Hezbollah doivent) entrer en contact, parler et négocier, et nous sommes en contact permanent avec lui. Bien sûr, nous sommes en contact permanent avec tous nos amis et alliés au Liban, et sur les points essentiels auxquels nous parviendrons, en toute certitude, nous procèderons à des consultations.

Ce qui nous a été transmis et ce que nous avons compris est cette proposition (livrer les soldats capturés au gouvernement libanais). La proposition m'est parvenue, et je n'ai pas le pouvoir d'y répondre tout seul (le Hezbollah a une direction collégiale). Bien sûr, j'ai mon avis personnel, mais je ne peux pas engager tout le Hezbollah sur mon avis personnel. J'ai donc fait savoir à Nabih Berri que j'avais besoin de temps pour réunir les dirigeants du Hezbollah, et tu connais les conditions sécuritaires actuelles pour les frères (dirigeants du Hezbollah). Et il ne nous est pas permis de faire la moindre erreur sur ce plan (réunir tous les dirigeants en un même lieu entraine un risque de décapitation du Hezbollah).

Quoi qu'il en soit, la délégation de l'ONU a dit qu'elle se rendrait en Palestine occupée la nuit même, et j'ai dit très bien, qu'ils aillent d'abord soumettre cette proposition à Israël et reviennent ensuite, et pendant ce temps, on en parlera avec les frères. Le fait que je sois prêt à en discuter ne signifie pas que je vais l'accepter ou le rejeter, car en fin de compte, je suis astreint à une direction collective, et je dois la consulter avant d'annoncer notre décision.

La délégation de l'ONU s'est rendue en Palestine occupée, et n'est même pas revenue au Liban pour qu'on lui communique une réponse. Elle a simplement transmis la réponse, à savoir un refus (d'Israël). De fait, cette proposition de la délégation de l'ONU a échoué, et elle n'avait même pas besoin que je lui réponde car elle était enterrée. Je ne devrais discuter que de questions qui sont vraiment ouvertes à la discussion, il ne sert à rien de débattre pour accepter ou refuser des choses qui ne sont même pas de vraies propositions (c'est une perte de temps).

Quant à Solana, lorsqu'il est venu, ce n'était que pour nous communiquer les conditions israéliennes. Il est venu au Liban pour nous sommer de libérer les deux prisonniers et d'appliquer la résolution 1559 (de 2004 appelant au désarmement du Hezbollah). En vérité, Solana a même mis la barre plus haut que ce que proposaient les Israéliens et ce dont ils parlent aujourd'hui.

Voici mes informations quant aux contacts « sérieux » qui ont eu lieu jusqu'à présent.

Ghassan Ben Jeddou : Et en ce qui concerne l'intermédiaire allemand ?

Hassan Nasrallah : Il n'y a eu aucun contact (entre nous et l'Allemagne). Quoi qu'il en soit, ce que j'ai entendu, c'est que le Ministère des Affaires étrangères de l'ennemi leur a demandé d'entrer en contact avec nous pour obtenir leur libération sans échange (de prisonniers). Ils veulent peut-être qu'on leur offre aussi un flacon de parfum en plus de leur rendre leurs deux soldats. C'est absolument impossible.

Quoi qu'il en soit, sur la question des négociations, et même en ce qui concerne les prisonniers, je veux me délester et délester le Hezbollah à cet égard : quiconque veut aborder cette question, qu'il s'adresse à l'Etat (libanais), et l'Etat s'adressera ensuite à nous. Je ne recevrai aucun intermédiaire allemand, français, anglais, russe, chinois ou de quelque pays que ce soit. Aujourd'hui, le Hezbollah est dans une situation où toute son attention est accaparée par la guerre, qui est sa priorité. Qu'ils parlent donc avec les responsables au niveau de l'Etat, qui nous parleront ensuite, et nous donnerons les réponses requises.

Ghassan Ben Jeddou : Insistez-vous toujours sur le principe de l'échange ? Bien sûr. Il est impossible d'abandonner ce principe, ce serait impardonnable. Et plus encore, je t'affirme que les civils qui ont trouvé le martyre, les réfugiés qui souffrent aujourd'hui des affres de l'exode, tous ceux qui endurent courageusement cette guerre, s'ils savaient que j'étais prêt à livrer ou retourner ces deux soldats sans clore ce dossier (des prisonniers libanais), ils m'accuseraient de trahison, et moi-même, je m'accuserais de trahison. Il n'est absolument pas envisageable (que ces soldats soient libérés sans que nos prisonniers le soient).

Je l'ai dit dès le premier jour : même si toute la Création se coalisait contre nous, elle ne parviendrait pas à récupérer ces deux soldats israéliens, si ce n'est via des négociations indirectes et un échange de prisonniers.

Ghassan Ben Jeddou : Mais vous avez dit cela avant (la guerre)...

Hassan Nasrallah : Après tout ce qu'on a subi, de quoi pourrait-on encore avoir peur, Professeur Ghassan, que peuvent-ils encore faire (qu'ils n'aient déjà fait) ? On craignait pour l'infrastructure, ils l'ont détruite. On craignait pour les civils, ils les ont tués (par centaines). On craignait pour l'exode, notre peuple est réfugié (par centaines de milliers). On craignait pour nos maisons et celles des gens, ils les ont détruites. Et après tout ça, vous voudriez qu'on vienne leur dire « Voici vos soldats. S'il vous plaît, ne soyez pas fâchés contre nous et excusez-nous. » ? C'est impossible.

Ghassan Ben Jeddou : En ce qui concerne l'échange, Eminent Sayed, contre qui allez-vous échanger ces deux soldats israéliens ? Des prisonniers libanais, palestiniens, etc. ?

Hassan Nasrallah : Cette opération est ouverte, laissons-donc ce point pour les négociations.

Ghassan Ben Jeddou : Etes-vous toujours confiant dans le fait que Samir Qintar va bientôt être (libre) au Liban ?
Hassan Nasrallah : Oui, avec la grâce de Dieu. Premièrement, dans cet échange, le premier (prisonnier libanais concerné) est Samir Qintar. Si on n'inclut pas Samir Qintar dans l'échange, si pour le moins tous les prisonniers libanais ne sont pas inclus... Bien sûr, on parle d'opération ouverte, mais si on n'y inclut pas ceux-là, quel sens aura cet échange ?

Ghassan Ben Jeddou : Eminent Sayed, en ce qui concerne votre accord avec Michel Aoun – laissons de côté les autres partis. Est-ce que ce qui se passe à présent a ébranlé votre accord de coopération avec le Courant patriotique libre (CPL, parti chrétien) ? Est-il abrogé ?
Hassan Nasrallah : Non, absolument pas, en aucun cas. Je t'assure que notre accord avec le CPL évoque clairement la libération des prisonniers et du reste des territoires occupés. Et seulement après cela, nous devions discuter de la stratégie de défense nationale (à mettre en œuvre). C'est sur ça que nous nous sommes mis d'accord.

Le Hezbollah n'est pas en train d'utiliser le Liban pour libérer la Palestine, ni pour libérer les sept lopins de terre historiquement libanais (occupés aujourd'hui par Israël). Il a fait une opération de capture de prisonniers car dans notre accord, dans nos discussions, et dans la déclaration ministérielle du gouvernement, la libération des prisonniers et du reste des territoires (libanais) occupés étaient clairement mentionnés. Ce que nous avons fait est donc un acte patriotique libanais, même au sens le plus réducteur. Et cela est en-deçà et non au-delà de notre accord avec le CPL.

Bien sûr, je suis les déclarations du Général Aoun et des dirigeants du CPL, et j'estime que leur position est sage, appropriée, patriote et digne, et je les approuve. Et beaucoup de forces politiques et de personnalités – avant que tu me demandes des noms – ont également une position semblable. Je te prie de ne pas me demander de noms, car si je dis que c'est le cas d'untel et d'untel, cela indiquera que ce n'est pas le cas de ceux que je n'aurais pas mentionnés. Je ne veux pas m'y engager. Tu m'as demandé pour le CPL (et je t'ai répondu, n'allons pas plus loin).

Par ailleurs, eu égard à ta question sur le CPL, les efforts que ce parti a déployés dans beaucoup de régions sont considérables. Nous avons des échos de l'aide qu'ils apportent aux réfugiés et aux déplacés, et ils sont très beaux et positifs. Je ne considère pas que notre accord a été rompu. Je ne le considère pas. Par la suite, les choses se clarifieront davantage,

Ghassan Ben Jeddou : Eminent Sayed, si vous êtes complètement rassuré en ce qui concerne la situation militaire, que craignez-vous ? Craignez-vous l'intérieur (libanais), craignez-vous les autres pays, craignez-vous...

Hassan Nasrallah : Premièrement, nous ne craignons personne, sinon Dieu le Très-Haut et l'Exalté.

Deuxièmement, sois absolument assuré qu'on ne craint rien au niveau intérieur. Nos ennemis essaient de raviver les tensions sectaires, mais ils savent bien que c'est un jeu dangereux. Il est vrai que c'est est dangereux pour la Résistance, mais c'est également dangereux pour leur projet dans le pays. C'est un danger pour la Révolution du Cèdre (soutenue par l'Occident). C'est un danger pour le grand modèle démocratique dont parle George Bush. En précisant bien que la démocratie au Liban est plus ancienne que toute la famille Bush. C'est un danger pour (tout) le pays. S'ils ravivent les tensions entre sunnites et chiites, chrétiens et musulmans, druzes et chiites, etc., c'est très dangereux pour le pays, et de plus, ça ne convient pas à leurs projets actuels.

Aujourd'hui, les Etats-Unis jouent à raviver les tensions sectaires sunnites/chiites en Irak, et c'est lié aux traités de paix, à la présence au pouvoir, etc., à l'intimidation, aux meurtres ici et là, et je fais porter la responsabilité de ce qui se passe en Irak aux Etats-Unis. Et je sais bien ce que disent les Etats-Unis aux chiites en Irak, ce qu'ils disent aux sunnites et ce qu'ils disent aux Kurdes. Mais aujourd'hui, (au Liban), ils ne peuvent pas inciter…

Prenons par exemple les sunnites. Peut-on les inciter contre nous, les chiites ? Pour quelle raison ou prétexte ? Qu'est-ce qu'on leur a fait ? Va-t-on leur dire que les chiites au Liban sont les collabos des Etats-Unis ? Peut-on faire croire cela ? Va-t-on leur dire que les chiites au Liban sont les collabos d'Israël ? Que les chiites au Liban ont abandonné la cause palestinienne ? Que les chiites au Liban voient les frères Palestiniens se faire massacrer à Gaza, et qu'ils ont collaboré à ce massacre en informant Israël ? Qui pourrait croire (ces propos aberrants) ? Par exemple, combien de fois a-t-on entendu, même dans le dernier communiqué d'Abou Moussab al-Zarqawi (chef d'Al-Qaïda en Irak), désigner le Hezbollah comme les protecteurs des frontières (d'Israël), avec qui on collaborerait, nous accusant d'être des traîtres et comploteurs ? Et beaucoup ont remis en cause la victoire de 2000, affirmant que c'était un accord entre l'Iran, la Syrie et le Hezbollah d'une part, et Israël d'autre part. Tous les propos sur le croissant chiite ou que sais-je encore, (ce sont des boniments que seuls les ignorants peuvent croire).

Aujourd'hui, bien sûr, l'un des plus importants résultats de cette guerre – que nous n'avons pas souhaitée, qui nous a été imposée et que nous menons –, est que sur la question sunnites-chiites, un grand rempart a été érigé (contre les discours sectaires) dans le monde arabe et musulman (du fait de l'union des cœurs contre Israël). Je ne dis pas qu'elle a mis fin aux séditions et aux épreuves, non, mais elle constitue un très grand rempart.

Aujourd'hui, nous les chiites, nous combattons Israël. Ce combat, cette résistance victorieuse, constituent également une aide apportée à nos frères en Palestine, qui sont sunnites, et non pas chiites. Par conséquent, nous, sunnites et chiites, combattons côte à côte Israël, qui est soutenu, couvert et renforcé par les Etats-Unis. Et je t'affirme même que si Olmert en arrive à un point où il dit aux Etats-Unis qu'il ne peut pas continuer la guerre, Bush lui dira « Non, tu dois (absolument) continuer. Et si tu as des problèmes, je vais les résoudre pour toi. » Par conséquent, aujourd'hui...

C'est de cela que je parlais lorsque j'ai évoqué (dans mon précédent discours) la bataille de la Communauté (arabo-musulmane) toute entière. Et tu m'as donné l'occasion de développer ce point. Je ne combats pas à la place de la Communauté, non. Mais j'affirme que la conséquence de la guerre que mène le Hezbollah au Liban, qu'elle soit positive ou négative, sera une conséquence pour toute la Communauté : une défaite au Liban sera une défaite de la Communauté, et une victoire du Liban sera une victoire de la Communauté, comme ce qui s'est passé en 2000.

Par conséquent, il est difficile d'inciter les sunnites contre les chiites. Va-t-on les accuser d'avoir détruit le pays ? O mon frère, la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh, bastion chiite) est complètement détruite. Je souhaite à toutes les villes et à toutes les régions libanaises la paix et les meilleures choses. Dieu merci, beaucoup de villes et de régions du Liban n'ont subi aucun mal, et que Dieu fasse qu'elles ne subissent aucun mal. Dans la guerre qui nous a été imposée, on ne peut pas dire que des villes sont détruites, mais que les nôtres sont préservées ; que des maisons sont détruites, et que les nôtres sont préservées. Aucunement. Dans la guerre qui nous a été imposée, en première ligne, on trouve nos maisons, nos quartiers, nos villages – du fait, malheureusement, de la division sectaire du pays –, nos familles, nos enfants, nos êtres chers et bien-aimés, et nous-mêmes, notre sang et nos vies qui sont sacrifiés dans cette bataille. Cette logique sectaire n'est donc pas acceptable.

Inciter les chrétiens ou les druzes contre les chiites (serait également très difficile)... J'ai plus détaillé la question des sunnites car le climat du pays et à l'incitation sectaire sunnites-chiites.

Non, je ne crains pas la perspective de sédition interne au Liban, je te le confirme, ni entre les musulmans et les chrétiens, ni entre les sunnites et les chiites. Et jusqu'à présent, le peuple se comporte de manière raisonnable et sage malgré la difficulté de l'épreuve, et la majorité des dirigeants politiques se comporte également de manière raisonnable, consciente et sage, et je les soutiens. Nous devons préserver notre unité à ce stade, et c'est à cela que j'ai appelé le premier jour, dans ma conférence de presse (du 12 juillet). Nous avons tous notre mot à dire, nos calculs, des comptes à rendre ou a demander, des débats, etc., tout cela viendra en temps voulu (après la guerre).

Ghassan Ben Jeddou : Eminent Sayed, que signifie pour vous la déclaration de l'armée selon laquelle elle combattra s'il y a une invasion terrestre, surtout ce qu'a dit le Ministre de la Défense, l'état-major, les chefs de l'armée et les hauts officiers, qui ont affirmé qu'ils seront sur le terrain pour mener ce qu'ils ont désigné comme « La bataille de l'honneur » ? Qu'est-ce que cela signifie ?

Hassan Nasrallah : Ce n'est pas nouveau pour cette armée, cette organisation, ces dirigeants et ces cadres. Avant la Libération (en 2000), nous avons offert des martyrs côte à côte, dans la bataille du Mont Rafi' et d'Arabsalim (sud-Liban), il y a eu des martyrs de l'armée libanaise tout comme des martyrs de la Résistance (Hezbollah). L'armée libanaise a toujours fait face, dans la mesure de ses capacités (limitées), aux avions (israéliens) et à toute agression qui se produisait contre le pays. Mais bien sûr, les capacités de l'armée sont modestes – comme les moyens de la Résistance, nous ne déclarons pas que nos moyens étaient énormes, ils sont modestes. Mais la volonté et le courage présents au sein de la Résistance sont également présents au sein de l'armée. La différence entre l'armée et la Résistance, c'est que la première est une organisation officielle classique, et que la seconde est une Résistance populaire qui recourt à la guerre de guérilla. Que l'armée soit aux côtés de la Résistance est une chose naturelle et prévisible, déjà vue de la part de ces dirigeants et de cette organisation.

Et bien sûr, à cette occasion, je me dois de m'adresser au Ministre de la Défense, au chef d'état-major de l'armée, aux officiers, aux échelons et aux éléments de l'armée, et en premier lieu à Son Excellence le Président de la République et au gouvernement libanais, en tant qu'ils sont la direction politique de l'armée, pour leur adresser mes condoléances pour les officiers et soldats qui sont tombés martyrs. Quoi qu'il en soit, le sacrifice, la loyauté et l'honneur sont leurs attributs. C'est ce que nous attendons de cette organisation.

Ghassan Ben Jeddou : Avant de vous demander quel est votre dernier mot, j'ai remarqué, Eminent Sayed, que vous avez l'air de vivre une vie normale. Je m'attendais à vous voir pour ainsi dire vêtu en tenue militaire, mais comme d'habitude, vous suivez ce qui se dit à la télévision, les commentaires et communiqués politiques...

Hassan Nasrallah : C'est difficile de caractériser précisément la situation. Parler de vie normale serait une exagération. Nous sommes en temps de guerre, et avec mes frères, nous vivons pleinement cet état de guerre.

J'ai vu par exemple que pour mon 2e discours – aujourd'hui c'est la première fois que je réalise une interview directe à la télévision –, mon second discours était enregistré, et naturellement, du fait des circonstances (exceptionnelles), la vidéo a été copiée de multiples fois (avant d'être diffusée), et la qualité finale était médiocre (et l'ennemi a prétendu que c'était un signe de nos grandes difficultés sur le terrain). Et j'ai vu que les médias israéliens disaient que ma barbe était longue, que la luminosité était (trop) forte, et que sais-je encore. Mais je suis en état de guerre, je ne suis pas en train de prendre l'air [Rires]. Et lorsque j'ai pris la décision de te rencontrer, je me suis taillé la barbe, pour qu'ils ne disent pas qu'elle est trop longue.

Que vont-ils dire maintenant ? Cette fois, ils vont dire que je suis confortablement posé, tandis que les réfugiés sont en grande difficulté, etc. Non. Nous ne voulons pas exagérer, et décrivons les choses de par leur réalité naturelle. Si on ne sourit pas, ils diront que c'est parce qu'on est apeurés et terrifiés, alors que ce n'est pas le cas. Et si on sourit, ils diront que son peuple se fait massacrer, les enfants, les femmes, les vieillards, et que lui il rit, et donc qu'il ne se soucie pas du sang de ces gens-là. Quoi qu'il en soit, la guerre psychologique ne s'arrêtera jamais (quoi qu'on fasse, ils auront quelque chose à dire).

Il est évident que nous sommes touchés par toutes les destructions qui frappent notre pays, mais nous sommes encore plus touchés par les pertes humaines. Je suis surpris que certains pleurent pour la destruction d'un pont, mais un pont peut être reconstruit, de même qu'une maison, toutes les destructions matérielles seront réparées. Et tout sera reconstruit par la grâce de Dieu, c'est une décision irrévocable.

Ghassan Ben Jeddou : Qui va reconstruire ?

Hassan Nasrallah : L'Etat et le Hezbollah. Et je vais te dire pourquoi. Lorsque nous allons entrer en scène pour la reconstruction, avec des sommes d'argent considérables pour ce faire, cela contraindra les Etats-Unis, l'Occident et les richissimes Etats du Golfe à également fournir de l'argent au Liban, afin de pouvoir dire aux gens qu'ils ont participé. Car (à leurs yeux), si le Hezbollah est le seul à reconstruire, il s'emparera du pays. Donc on sera également la cause de beaucoup de bienfaits.

Sois convaincu que si on délaissait la reconstruction, l'argent (requis) ne serait accordé qu'avec des conditions politiques. Le fait que nous intervenions dans la reconstruction et notre aide financière directe pour aider le Liban poussera les autres à apporter de l'argent, peut-être même sans aucune condition politique, car ils verront qu'il y a déjà (le Hezbollah) qui distribue de l'argent sans conditions politiques.

A cet égard, bien sûr que nous souffrons, pour les enfants, les femmes, les réfugiés, mais nous sommes en guerre, c'est une (véritable) bataille (que nous livrons). Et en face, eux aussi ils souffrent. Nous avons un demi-million de réfugiés, un million au maximum, mais ils en ont deux millions, entre ceux qui sont terrés dans les refuges et les déplacés. L'économie libanaise (souffre), mais elle a toujours été déficitaire, il n'y a jamais eu d'économie libanaise debout sur ses deux jambes. Alors que depuis que nous avons frappé Haifa et jusqu'à ce jour, la bourse israélienne a perdu des milliards de dollars. Jusqu'à présent, les pertes directes au nord de la Palestine occupée, rien que les pertes directes, sans parler de leurs conséquences sur le reste de l'économie israélienne, et sans les pertes indirectes, sont de 100 millions de dollars par jour. Il y a donc à la fois des pertes humaines et des pertes économiques, et tu sais que pour Israël, les pertes économiques importent plus que tout, les (pertes en) vies et (au niveau de) la situation économique et financière (sont pour eux insupportables). En fin de compte, nous souffrons et ils souffrent aussi.

Et nous persévèrerons dans cette confrontation, jusqu'à la victoire, et j'ai expliqué le sens de la victoire pour nous. Je ne dis pas que je vis une vie normale, et je ne dis pas que je vis une vie anormale. Comme beaucoup de mes frères, je vis la vie que nous impose la guerre. Que personne ne croie que nous avons peur, que nous sommes inquiets, terrifiés ou que sais-je encore... Depuis 23 ans, nous parlons aux gens, nous les exhortons et nous nous mêlons à eux (malgré les risques) pour leur parler du martyre, de l'honneur qu'il confère et du statut (exalté) du martyr. Est-ce que les sionistes ou ceux qui les encouragent se figurent que moi ou tels autres dirigeants du Hezbollah avons peur du martyre ? Nous aspirons ardemment au martyre ! Si nous prenons nos précautions, c'est pour ne pas concéder de succès à l'ennemi (qui cherche à nous assassiner à tout prix). Mais en ce qui concerne notre projet et nos aspirations personnelles, chacun d'entre nous espère et prie pour que Dieu lui prescrive le martyre entre les mains de ces gens-là, les assassins des Prophètes et des Messagers, et les gens les plus hostiles aux croyants d'après le Coran. Et je te l'affirme, certains frères disent qu'ils craignent de ne pas être tués dans cette guerre, et que celle-ci soit la dernière guerre (avant l'extinction d'Israël). Dieu seul le sait : peut-être que ce ne sera pas la dernière, peut-être qu'elle le sera.

Nous n'avons aucune peur ou inquiétude à ce sujet, nous persévérons par la Grâce de Dieu, et nous espérons remporter une grande victoire par l'aide du Très-Haut.

Ghassan Ben Jeddou : Avez-vous un dernier mot à dire ?

Hassan Nasrallah : En dernier lieu, je souhaite remercier tous ceux qui ont compati avec nous, qui nous ont aidés et soutenus. Que Dieu les comble de Ses bienfaits. Et par la grâce de Dieu, si Dieu nous accorde la victoire et les résultats que nous prévoyons, tous ceux qui se seront tenus à nos côtés à cette étape, et auront fait preuve de noblesse, de dignité et d'entraide, nous ne l'oublierons jamais tant que nous resterons en vie. Car c'est une bataille décisive pour notre avenir. Quant à ceux qui nous ont fait du mal, qui ont choisi le mauvais camp, nous ont abandonnés, trahis et ont œuvré et comploté contre nous – car ce sont des degrés variables –, l'heure des comptes viendra, et on pourra pardonner (certaines choses) ou pas.

Actuellement, en ce qui nous concerne, la priorité est de sortir victorieux de cette bataille, la tête haute, tout le Liban, la patrie, le peuple, l'Etat, la Résistance, l'armée, les forces ardemment attachées au Liban, à sa dignité et à son honneur. En toute vérité, j'affirme que c'est la véritable bataille de l'indépendance du Liban. Si nous sommes victorieux dans cette bataille, nous Libanais dirons (par là) au monde entier que nous prendrons nos propres décisions en tant que Libanais. Même les ambassades qui s'ingèrent actuellement dans notre situation interne, nous parviendrons à leur dire « Non, ne vous ingérez pas dans nos affaires internes. » C'est la bataille pour notre véritable indépendance. Et c'est pourquoi nous sommes résolus à continuer à résister.

Je remercie ceux qui nous ont aidés, mais je répète que je ne demande rien à personne, comme (je l'ai dit) le premier jour et jusqu'au dernier jour. Que les gens assument leurs responsabilités, les dirigeants, les gouvernements, les peuples, la Communauté (arabo-musulmane), quiconque veut faire quelque chose est libre de le faire. Qu'ils veuillent faire quelque chose ou pas (dans cette bataille), je ne demande pour ma part rien aux gens, rien aux gouvernements et rien aux peuples. Depuis le premier jour, c'est notre éducation : avant, après, aujourd'hui et pour toujours, nous ne demandons qu'à Dieu, le Très-Haut et l'Exalté. C'est à Lui que nous demandons secours, et c'est de Lui que nous tirons notre assurance, notre force, notre moral, notre certitude, notre espoir et la victoire par la grâce de Dieu. Et quoi qu'il en soit, les jours à venir nous montreront où vont les choses.

Ghassan Ben Jeddou : Merci à vous, Eminent Sayed, pour cette rencontre. Merci aux téléspectateurs de nous avoir suivis, et à bientôt, si Dieu le veut. Mes respects, ici Ghassan Ben Jeddou, que Dieu vous garde.

Source: 
Agora Vox

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